The Innocents – Weyes Blood [Mexican Summer / Differ-Ant]

Weyes Blood. Sous ce nom un peu mystérieux, choisi en référence au premier roman de l’écrivain américaine Flannery O’Connor (“Wise Blood” – “La Sagesse dans le sang” – paru en 1952), se cache Natalie Mering, jeune auteur-compositeur-interprète installée à New York et qui vient de sortir son second album, l’épatant The Innocents. 10 titres à l’inspiration folk assumée mais aux  sonorités et à la production résolument modernes.

La première chose qui marque à l’écoute de ce disque est sans nul doute la voix de son interprète. Puissante, elle fait souvent penser, par son détachement apparent, à un croisement réussi entre le chant de Nico et celui d’Angel Olsen. Intemporelle, elle sait aussi se parer de vibratos subtils qui donnent à l’interprétation une sensibilité à laquelle il est difficile de résister. Surtout lorsque des harmonies vocales finement travaillées viennent rehausser le ton et créer un univers hypnotique, quasi mystique. Comme sur l’épuré “Requiem For Forgiveness”, un modèle du genre que Linda Perhacs ne renierait certainement pas.

La pureté vocale de la jeune américaine est également magnifiquement mise en valeur par une instrumentation, simple et traditionnelle au premier abord (piano – guitare – batterie), mais définitivement contemporaine dans sa production (effets de distorsion, ruptures de rythme, artefacts électroniques discrètement imbriqués). Fragile, la construction donne l’impression qu’elle peut à tout moment basculer, et l’étrange surgir d’où on ne l’attendait pas. A l’image de la douce mélodie au piano brusquement brisée sur le brillant single “Some Winters”. Ou du film de Jack Clayton avec Deborah Kerr sorti en 1961, film fantastique basé sur une nouvelle d’Henry James (“The Turn of the Screw” – “Le Tour d’écrou”) et dont l’album tire précisément son nom. A l’instar de sa compatriote Julia Holter, Weyes Blood compose une musique à l’écoute parfois un peu exigeante certes, mais à la richesse totalement captivante.

Le travail sur la voix et le son enveloppe enfin à merveille la mélancolie qui habite les paroles des chansons. Proches de l’univers d’une Karen Dalton ou d’un Tim Buckley, les textes sont sombres, souvent déchirants. Directs et tranchants, les mots dépeignent souffrances, peurs, isolements, résignations. Sans concession. Extraits choisis : “I’m as broken as a woman can be / Go on, leave me for the last time” (“Some Winters”) – “Til the end alone / I will hang on when the rain comes and wash away all I’ve come from” (“Hang On”) – “We were just born to buy then die and change nothing” (“Land Of Broken Dreams”). Même sur “Summer“, morceau au titre en apparence un peu plus léger, le couperet finit par tomber, inexorablement : “I will be forever yours / At least until the fall”. Le répit ne peut être que de courte durée…

La musique triste rend heureux, affirme une très sérieuse étude scientifique publiée le 20 octobre dernier, jour précisément de la sortie de The Innocents. Jolie coïncidence tant l’écoute répétée de cet album provoque in fine un bonheur entier et véritable.

Lolo from Paris

Bonus : Weyes Blood en showcase sur Viva Radio. Superbe.


Date de parution de l’album : 20 octobre 2014

Pour en savoir plus : https://weyesblood.bandcamp.com/ ou https://www.facebook.com/weyesblood/


Chronique également disponible sur A l’écoute

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s