Escape from Evil – Lower Dens [Ribbon Music / Domino Records]

Emmené par la talentueuse Jana Hunter, Lower Dens aime surprendre. Après un premier album prometteur à la croisée de la dream pop et du rock indé (Twin-Hand Movements en 2010) puis un second aux tonalités krautrock poignantes (Nootropics en 2012), c’est encore une fois un chemin inattendu qu’emprunte le groupe de Baltimore avec son 3ème opus, le remarquable Escape from Evil. Celui de la synthpop. Une synthpop stylisée, dense, complexe, riche en émotions et qui cache derrière une certaine légèreté de ton apparente une réflexion sur la vie réellement bouleversante.

Il faut dire que la genèse de ce nouvel album a été douloureuse. Entammé au début de l’année 2013, le travail du groupe a été retardé par le départ brutal de Will Adams. De l’incompréhension à l’amertume provoquées par cet événement, la bande a heureusement su se remettre pour regarder de l’avant plutôt que de rester prisonnier de son passé et de ce (ceux) que l’on finit tous par perdre un jour ou l’autre. “I wanted the songs to be about processing difficult things,” confie ainsi Jana Hunter, “But I wanted them to end up being celebratory, even if it just meant celebrating the ability to process difficult things.”

Pour ce faire, Lower Dens n’a pas hésité à s’entourer. Bien que produit par Jana Hunter en personne, le disque a été co-produit par Chris Coady (Beach House, Cass McCombs), avec la collaboration d’Ariel Rechtsaid (Sky Ferreira, Vampire Weekend, Haim) et Walker Teret (membre du groupe). C’est par ailleurs dans le studio de leurs débuts, les Beatbabies de Baltimore, que la bande est retournée, aux côtés de Chris Freeland (producteur du premier album du groupe et de Wye Oak), avant de s’envoler pour Dallas afin de retrouver John Congleton (St Vincent, The Walkmen) pour les sessions finales d’enregistrement. Jana Hunter explique ces collaborations de haut vol par le souhait qu’elle avait d’être poussée en dehors de sa zone de confort artistique pour davantage s’ouvrir aux autres en tant que musicienne mais aussi et surtout en tant que personne humaine.

Pari largement réussi ! La musique de Lower Dens se fait ici plus facilement accessible, directe, chaude, lumineuse, rythmée, voire même dansante. En un mot, pop. A l’image du 1er single irrésistible, “To Die in LA”, dont les synthés semblent tout droit sortis des années 1980.

Si le groupe a définitivement choisi la lumière côté musique, il garde un propos grave et très personnel dans les textes. Et c’est bien là toute la richesse de sa musique. Sur le ton de la confession, Jana Hunter, dont la superbe voix n’a jamais aussi bien été mise en avant, n’hésite pas à dévoiler ses sentiments les plus intimes. Quitte à nous émouvoir aux larmes sur le bouleversant “Ondine” lorsqu’implorante, elle répète en boucle à un amour qu’elle sait pourtant perdu, “I will treat you better/ I will treat you better”.

Pas de misérabilisme pour autant. Si comme le reconnaît la chanteuse sur “Quo Vadis”, “We’re swimming for our whole lives, trying to survive”, c’est la tête tournée vers l’avenir et la vie qu’elle a décidé de rester. “I’m not crying/ I’m just glad to be alive/ Time will turn the tide” rassure-t-elle ainsi (“To Die in LA”). Mais pour y arriver, attention à ne pas nous cacher la vérité sur nous-mêmes en nous perdant dans les plaisirs artificiels de “l’entertainment”. “That’s no life”, rappelle-t-elle sur le morceau final, “Société Anonyme”, en référence à “L’Allégorie de la Caverne” de Platon. C’est seulement en acceptant de nous confronter à nos sentiments les plus profonds et les plus douloureux que nous réussirons à aller de l’avant.

Guérir grâce à la musique. Le concept n’est certes pas nouveau. Mais il trouve dans ce magnifique album l’une de ses expressions les plus belles et les plus touchantes. C’est donc les yeux grand ouverts mais la tête remplie d’étoiles que nous répondons sans hésiter à l’invitation de Jana Hunter : “Baby, let’s float up to heaven”.

Lolo from Paris

Bonus : Petit flashback avec cette très belle session de la Blogothèque filmée à Austin en 2011.


Date de parution de l’album : 30 mars 2015

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/lowerdens


Chronique également disponible sur A l’écoute

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