Duskland – Zachary Cale [No Quarter Records]

10 ans, voilà déjà 10 ans que Zachary Cale, auteur-compositeur-interprète originaire de Louisiane et basé à Brooklyn, pose discrètement mais sûrement son empreinte sonore dans le sillon des songwriters américains de talent. The Village Voice ne s’y est d’ailleurs pas trompé en le désignant meilleur songwriter new-yorkais de l’année en 2014. Loin de s’arrêter en si bon chemin, l’artiste nous revient cet été avec un magnifique nouvel album, Duskland, le cinquième sous son nom, et sans aucun doute le plus abouti à date.

Rompant avec le minimalisme de son précédent opus (l’excellent Blue Rider) centré sur le chant et le jeu de guitare, Zachary Cale a opté ici pour un son plus ample, dense et expressif. Un son joliment cinématographique qui, dès les premières notes, transporte l’auditeur dans les grands espaces américains. L’artiste n’hésite d’ailleurs pas à utiliser le mot “western’’ pour en décrire l’esprit général. “I tried to evoke the spirit of Western films, using sounds that suggest landscape to capture something that’s bigger than the person in the song’’, a-t-il ainsi expliqué en interview. Et de planter le décor dès le tout premier titre, le superbe “Sundowner’’ qui s’ouvre sur les mots “Sundown on the Western plain’’, prononcés sur fond de guitare slide et d’orgue. Plus loin, la trompette apportera une délicate touche “morriconesque’’ au très beau “Dark Wings’’ tandis que “Changing Horses’’ emportera l’auditeur dans un tourbillon de guitares, percussions et claviers.

Il faut dire que le new-yorkais s’est particulièrement bien entouré, faisant appel à plusieurs musiciens de talent : sa garde rapprochée d’abord, le bassiste James Preston, le batteur Ethan Schmid, le claviériste Phil Glauberzon et le percussionniste Ryan Johnson, quelques invités de marque ensuite, dont Alfra Martini (Virginia Plain) aux chœurs, Otto Hauser (Vetiver, Cass McCombs, Sharon Van Etten) aux percussions, Philip Sterk et Brady Sansone à la guitare steel, Robert Boston au piano, et Carter Yasutake (St. Vincent, Beirut) à la trompette. Tous viennent servir le jeu de guitare de l’américain, toujours aussi brillant et hypnotique (le raffiné “Blue Moth’’ ou l’instrumental “Basilica’’ placé à mi-parcours nous le rappellent à merveille) et habiller de la plus belle des façons sa voix légèrement nasillarde, un peu traînante et paresseuse, définitivement irrésistible.

L’atmosphère musicale ainsi posée, Zachary Cale peut alors laisser libre cours à son talent de narrateur et nous conter ses histoires puissantes et singulières, à la portée universelle tant il semble avoir vécu plusieurs vies (“So many lifetimes I lived in one’’). Des textes poétiques et superbement imagés (“At the edge of the void I call out’’ – “Riding the wave to the shore / weightless above the ocean floor’’) qui évoquent un voyage à travers un rêve à demi éveillé (“Low lights dance in the evening / as reveries set sail’’) où il est question de peurs, de repentances, de vie, de mort, d’amour. Un voyage qui a la couleur du crépuscule (“dusk’’ en anglais) ou de la nuit tombée (“The scar face of the moon / smiling down on you’’), mais un voyage qui laisse finalement presque toujours entrevoir la lumière et l’espoir derrière l’obscurité (“Succumbing to my every fear / silence just howls in my ears / but every dull pain that takes host in my brain / is washed away when in the face of my love’’ – “You tasted death before / shot up full of fire / you braved the worst of storms / only to return to familiar shores’’).

Bob Dylan, Neil Young, Town Van Zandt, Bert Jansch, ou encore Cass McCombs, Zachary Cale s’inscrit incontestablement dans la lignée de ces grands musiciens. Mais loin de simplement imiter ces augustes références, il a su parfaitement construire sa propre identité sonore, quelque part à la croisée du folk, du blues et de l’americana. Une musique qui grandit avec son auteur et gagne en intensité au fil de ses disques. Voilà 10 ans que le new-yorkais est l’un des secrets les mieux gardés du songwriting américain. Osons croire qu’avec ce très bel album il sera enfin révélé au grand jour !

Lolo from Paris

Bonus : Version live de “I Forged The Bullet” enregistrée à Brooklyn en juillet 2015, quelques jours avant la sortie de l’album.


Date de parution de l’album : 7 août 2015

Pour en savoir plus : https://zacharycale.com/ ou https://www.facebook.com/zacharycalemusic/


Chronique également disponible sur A lécoute

Un commentaire Ajoutez le vôtre

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s