Glider – Heather Woods Broderick [Western Vinyl]

Le nom n’est peut-être pas encore familier pour tous. Mais le visage et la voix d’Heather Woods Broderick ne peuvent être totalement inconnus aux amateurs de bonne musique. Car c’est un fait, l’américaine de Portland présente un carnet de collaborations plutôt impressionnant : citons, entre autres, Horse Feathers, Efterklang, Alela Diane, et bien sûr Sharon Van Etten, que la jeune femme accompagne depuis maintenant plus de 3 ans, formant au passage l’une des plus belles associations musicales de ces dernières années. Mais si Heather Woods Broderick est une partenaire recherchée par ses amis musiciens, elle est aussi et surtout une auteur-compositrice-interprète de talent qui mérite une attention toute particulière. La preuve irréfutable avec Glider, son second album sorti cet été, 6 ans après le déjà très beau From The Ground, paru dans la plus grande discrétion en 2009.

Glider, “Planeur” en français. Un titre qui sied merveilleusement bien à l’ambiance générale de ce nouveau disque, aérienne et éthérée. Et reflète assez logiquement la vie nomade de l’américaine, emmenée aux quatre coins de la planète par ses multiples collaborations. Un album écrit sur la route, ou tout du moins très fortement influencé par elle. Et sur lequel la jeune femme nous raconte ses rencontres et ses séparations, ses amitiés et ses amours, noués puis perdus, au travers de textes intimes, sensibles et poétiques. Une immersion émouvante dans une vie remplie de moments intenses mais toujours nécessairement éphémères (“You came suddendly and then you were gone’’). Une vie où les notions de foyer, de destination finale, perdent peu à peu sens, pour laisser place au seul voyage (“I’m a house / and you’re Wyoming’’). La vie d’une artiste en mouvement permanent. Et même si le propos est souvent bien sombre (“I don’t know you, when I’m not with you / I don’t know you, I’m not near you’’ – “There’s a lot to love for lover, and why should you wait it out / when I can see our love is dragging you down’’), le ton n’est pas à la tristesse inconsolable, mais plutôt à la nostalgie ou à la mélancolie (“You heard it through the ether / a still riding, melancholic hue / you dreamt in light empyreal / of my heart, would be coming home to you’’). Comme si l’américaine avait finalement réussi à trouver une certaine sérénité, au-delà de la douleur liée aux séparations répétitives (“Another way / to live, to learn, to live, the ones, we grow’’).

Pour accompagner ses textes, Heather Woods Broderick, multi-instrumentaliste de talent, a choisi l’épure, voire le minimalisme, tant au niveau de l’orchestration, construite autour du piano et de la guitare, que de la production, confiée aux mains expertes de son frère, Peter Broderick. Les 9 titres, d’une remarquable cohérence d’ensemble, évitent tout effet de répétition ou de lassitude, et révèlent au fil des écoutes une richesse impressionnante et insoupçonnée au premier abord. Un voyage musical captivant, le long de chemins ambient-folk, dream pop, voire même jazzy et soul, comme sur le magnifique final “All for a love’’ dont les délicates notes de saxophone semblent envoyer un petit clin d’œil  au très beau ‘‘Tarifa’’ de l’amie Sharon Van Etten. De façon assez inattendue, le point d’orgue du disque sera toutefois atteint sur son titre le plus “bruitiste’’, le somptueux “Wyoming’’, dont la montée en puissance et la vague de guitares shoegaze auront raison des cœurs même les plus aguerris.

La sobriété de l’accompagnement musical sert en fin de compte à merveille le véritable trésor de l’album, la voix d’Heather Woods Broderick. Une voix sublime et envoûtante qui nous emporte et ne nous lâche plus, écoute après écoute. Une voix qui sait se démultiplier au travers d’harmonies magnifiquement travaillées et qui constitue la véritable signature sonore de l’américaine. On pense bien sûr à Hope Sandoval ou Elizabeth Frazer, un peu aussi à Julianna Barwick et Weyes Blood. Douceur, grâce, lumière. La jeune femme nous transporte sans avoir à forcer de quelque manière que ce soit. La simplicité comme signe de grandeur encore une fois.

Délicat et puissant, aérien et intense, Glider est à n’en pas douter, l’un des très très grands albums de l’année. Il vient confirmer tout le talent d’une artiste d’exception, trop longtemps restée dans l’ombre de ses prestigieux amis musiciens. Espérons fort que nous n’aurons pas à attendre six nouvelles longues années pour en découvrir la suite… Heather Woods Broderick, un nom à retenir !

Lolo from Paris

Bonus : Très joli showcase acoustique filmé à Philadelphie.


Date de parution de l’album : 10 juillet 2015

Pour en savoir plus : http://heatherwoodsbroderick.com/ ou https://www.facebook.com/heatherwoodsbroderick/


Chronique également disponible sur A l’écoute

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