Interview de TORRES à Paris, le 17 septembre 2015

Avec son magnifique second album Sprinter sorti en mai dernier, Mackenzie Scott, aka TORRES, est devenue l’une des nouvelles étoiles montantes de la scène indépendante américaine. Textes profonds et bouleversants, son dense et travaillé, prestations scéniques intenses et habitées, la jeune femme rassemble autour de sa musique un public de plus en plus nombreux et passionné tout en recevant les éloges d’une grande partie de la presse spécialisée.

Fan de la toute première heure, et après une chronique publiée ici même il y a quelques mois, je n’ai donc pu résister bien longtemps à l’envie d’aller la rencontrer juste avant son concert sur la scène de la Maroquinerie le 17 septembre dernier (son second passage parisien, le tout premier avec son groupe). Un moment unique et privilégié pour discuter avec elle de son parcours, de ses influences, de sa musique. Un rendez-vous sous le signe de l’émotion partagée et de la bonne humeur. Une première interview à jamais gravée dans mon cœur de fan.


Bonjour Mackenzie !

Bonjour !

Commençons par le début. Quand et comment ton intérêt pour la musique est-il apparu ?

J’ai commencé à jouer du piano à l’âge de 7 ans. Ce fut mon tout premier contact avec la musique. Plus tard, adolescente, je me suis mise à la guitare. Je devais avoir 16 ans environ. C’est à ce moment là que j’ai commencé à chanter et à composer. Donc pour répondre, je dirais que c’est vers l’âge de 16 ans que l’ensemble écriture, chant et interprétation a réellement pris forme pour me mener à ce que je suis maintenant.

Quelque chose de spécial t’a-t-il poussée à vouloir en faire un métier ?

La seule chose qui m’ait vraiment incitée à faire ce métier c’est que je ne voulais pas passer ma vie à faire quelque chose que je n’aimais pas. Je sais que c’est malheureusement le cas pour de nombreuses personnes et je ne voulais surtout pas que cela m’arrive. Je souhaitais juste gagner ma vie en faisant quelque chose que j’aime, voilà tout.

Je comprends. Tu n’as donc jamais envisagé un autre métier ?

Non, je n’ai jamais envisagé un autre métier.

La musique. Juste la musique.

Oui. Ou plutôt le spectacle au sens large. Lorsque j’étais encore au lycée, je ne savais pas si cela se terminerait à Broadway ou au cinéma. Mais j’ai toujours su que je travaillerais dans le monde du spectacle.

dsc_0315

Bien. Passons maintenant au présent et au nouvel album. Pour la première fois tu as rejoins un label, Partisan Records. Que cela signifie-t-il pour toi ? Est-ce une preuve de succès, est-ce une nouvelle pression sur tes épaules ou juste une opportunité à saisir ?

Le fait de rejoindre un label m’a surtout apporté de l’aide. Lorsque j’ai sorti mon premier album, je n’avais à mes côtés personne d’autres qu’un manager pour me seconder dans les tâches du quotidien, comme par exemple suivre les commandes de disques, ce genre de choses. Mais même si mon métier ne ressemble pas à un vrai métier [rires], il y a désormais de nombreuses parsonnes qui travaillent avec moi et veillent à ce que tout se passe bien pour moi. Et toutes ces personnes, et bien je dois les payer, je dois prendre soin d’elles, faire en sorte que l’on prenne soin d’elles. Je n’étais pas capable de garantir cela toute seule. J’avais besoin d’aide. Et c’est précisément cette aide que le label m’a apportée. Et quand tu as de la chance, tu trouves un label qui devient comme une seconde famille.

Est-ce le cas pour toi ?

Oui, c’est le cas pour moi.

Pour en revenir à l’album, le son y est beaucoup plus fort, travaillé et dense que sur le premier disque. Est-ce que tu avais cette évolution en tête lorsque tu es entrée en studio ? Savais-tu exactement comment le disque devait sonner ?

Oui totalement. Je pense que ce qui a changé entre les 2 enregistrements c’est que pour le 1er disque je suis entrée en studio sans savoir à l’avance comment l’album allait sonner. Nous avons donc enregistré comme cela venait, sur le moment. Pour ce nouveau disque en revanche, je savais parfaitement comment je voulais qu’il sonne, et ce avant même qu’un seul titre ne soit enregistré. J’entendais l’album dans ma tête au fur et à mesure de son écriture. Et c’est ce qui explique la différence je pense. J’ai anticipé le son bien en amont et c’est pour cela qu’il est différent.

Ce nouveau son, que d’ailleurs j’adore, tu l’avais donc en toi dès le début ?

Oui en effet. J’avais une vision très claire de ce que je voulais.

Connaissant le producteur [Rob Ellis], il est assez rapide et facile d’établir la comparaison entre toi et PJ Harvey. Comment réagis-tu face à cela ? Est-ce que cela te convient ou bien au contraire t’énerve ?

Chacun a le droit d’avoir son propre avis et je ne veux surtout pas critiquer l’opinion de qui que ce soit sur ma musique. Je me suis préparée à cela. Pour autant, et d’un point de vue personnel, je ne partage pas la comparaison. Cela me trouble même un peu car Rob Ellis a travaillé avec de très nombreux artistes et il me semble que la seule comparaison qui soit faite, encore et toujours, est avec la seule PJ Harvey. Ce n’est pas que cela soit une chose mauvaise en soi. Je suis moi-même une fan désormais.

dsc_0307

Connaissais-tu sa musique avant ?

Non, je ne la connaissais pas. Mais maintenant oui et je l’adore ! Mais ce que je souhaite avant tout c’est évoluer en tant qu’artiste à part entière, une artiste suffisamment unique et singulière pour ne plus être comparée à qui que ce soit.

Bien sûr ! Alors si tu devais nous donner tes influences à toi et juste à toi, lesquelles citerais-tu, que ce soit en musique, littérature, poésie, peinture, etc ?

Merci de me le demander [rires] ! Cela a surtout été la littérature. Je lis beaucoup. Et au moment de l’écriture du disque, je lisais Joan Didion…

Oh j’adore Joan Didion !

Oh moi aussi ! Je lisais également Cormac McCarthy, Ray Bradbury, JD Salinger. Et ces écrivains ont eu une influence directe sur les textes de mes chansons, le choix des thèmes abordés. Bien sûr, mon histoire personnelle joue également un rôle essentiel. Mais pour ce qui est de la façon de construire les textes et des véritables influences extérieures, tout est dans la littérature.

Pas de réelle influence musicale donc ?

Non pas vraiment.

Et je suppose que cette importance de la littérature pour toi explique la force de tes textes au final.

Oh, merci !

dsc_0325

C’est sincère ! Revenons-en aux figures fémines. Comment te sens-tu en tant que femme aujourd’hui  dans le monde de la musique ? De plus en plus d’artistes féminines expliquent en effet qu’il est plus difficile pour une femme d’y arriver. Partages-tu cette vision ? Penses-tu qu’il y a encore des combats à mener pour les femmes musiciennes ?

Je ne peux pas parler au nom de toutes les femmes. Je ne peux parler que pour moi. Et en ce qui me concerne je dirais que non. Je n’ai jamais ressenti le besoin ou la nécessité d’avoir à mener une bataille spécifique parce que je suis une femme.  Et je pense que c’est parce que j’essaie d’être la plus neutre possible. La fluidité du genre a toujours été quelque chose qui me caractérise en tant qu’individu et en tant qu’artiste. J’essaie d’être et d’apparaître la plus neutre possible. Mon groupe et moi avons très récemment adopté une tenue de scène unique. Le même costume pour nous quatre. L’idée est précisément d’essayer d’effacer toute référence au genre sur scène car je pense que ce que nous faisons doit transcender cela. Je pense que ce qui nous définit socialement en tant qu’individu n’a pas lieu d’être lorsque l’on joue. Je travaille donc à l’éliminer totalement.

Dans les quelques minutes qui nous restent, je souhaiterais partager avec toi une petite playlist que j’ai préparée tout spécialement pour l’occasion…

Oh tu as préparé une playlist ?

Oui ! 5 chansons et j’aimerais que tu nous dises ce que chaque artiste qui y figure t’inspire, signifie pour toi. Car aucun(e) n’a été choisi(e) au hasard cela va de soi !

dsc_0339

Song #1 (Brandi Carlile – The Story)

Ce qu’ils signifient pour moi ? Ohlala, tu commences vraiment très fort !

Je suis désolée…

Non tout va bien ! Brandi Carlile est l’une des toutes premières artistes à m’avoir fait réellement envisager ce métier. C’est une telle songwriter ! C’est une chanteuse bien sûr, mais c’est aussi et surtout une songwriter. Une vraie de vraie ! L’écouter et la regarder ont fini par me convaincre que moi aussi un jour je pourrais jouer à Red Rocks, au Colorado ! Elle m’a donné confiance en moi.

Deuxième morceau.

Song#2 (St Vincent – Strange Mercy)

J’ai le titre de l’album tatoué sur mon bras [émue]. Dois-je en dire davantage ?

Je crois que tout est dit ! Troisième morceau.

Song #3 (Fleetwood Mac – Rhiannon)

Oh oui ! Oh mon dieu ! Je pense que c’est le seul groupe qui m’ait fait pleurer en concert. Lorsque je vois Stevie Nicks, je ne sais pas, quelque chose se passe en moi, je perds tout contrôle et je pleure. A chaudes larmes !

dsc_0336

Je te comprends parfaitement, tu n’as pas idée. Moi aussi je pleure, mais par contre très souvent ! [Rires partagés] Quatrième morceau maintenant. Je ne pouvais pas passer à côté de cette artiste…

Song#4 (Sharon Van Etten – Our Love)

Ohlala cela me rappelle à quel point elle me manque [très émue] !

Et tu chantes avec elle sur ce morceau !

Oui c’est vrai en effet ! Je crois que je vais pleurer…

Oh non, ne pleure pas, s’il te plaît !

[Rires] Elle me manque tant !

A nous aussi !

Oh oui ! Elle est partie en tournée pendant si longtemps. Et lorsqu’elle est rentrée, je suis partie à mon tour. Mais nous allons finir par nous retrouver !

Place au dernier morceau maintenant.

Song#5 (Johnny Cash – I Walk The Line)

Il est merveilleux ! Tu as choisi tous mes artistes préférés ! Oh mon dieu !

J’ai lu dans une interview que ce monsieur avait eu une grande influence sur ton look.

Le clan des Men In Black ! [rires]

Et la Nashville connection !

Oui ! Je me sens vraiment liée à lui ! Je me dis souvent que mon emo est très influencé par ce que je pense que Johnny Cash aurait dit, fait, ou porté. [rires]

dsc_0346

Pour conclure, y-a-t-il une ou des recommandations musicales que tu souhaiterais partager avec nous ? Un ou des albums qui t’ont tout particulièrement marquée cette année ?

Pour le moment, mon album préféré est celui de Kendrick Lamar.

Vraiment ?

Oui, vraiment ! Si je devais citer quelque chose d’un peu plus confidentiel, voyons… Et bien je pense que beaucoup la connaissent déjà, mais je dirais Natalie Prass.

Elle est merveilleuse en effet. Et elle a joué dans cette même salle [La Maroquinerie] !

Oui, je sais ! Et l’album de Natalie Prass est juste fantastique !

En effet ! Et bien voilà c’est terminé. Merci beaucoup !

Merci à toi ! Tu as fait du bon boulot ! [rires]


Interview réalisée par Laurence Buisson à La Maroquinerie, à Paris, le 17 septembre 2015

Crédit Photos : Yifat LY


Pour en savoir plus : http://torrestorrestorres.com/ ou https://www.facebook.com/TORRESMUSICOFFICIAL/


Interview également disponible sur A l’écoute

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s