Interview de Nadia Reid à Paris, le 9 mai 2016

Sorti en fin d’année dernière de ce côté-ci de la planète, le magnifique album Listen To Formation, Look For The Signs fut incontestablement l’un de mes grands coups de cœur musicaux de 2015 et son auteur-compositrice-interprète, la néo-zélandaise Nadia Reid, l’une de mes plus belles découvertes de l’année. Pouvoir rencontrer la jeune femme à l’occasion de son tout premier passage en France a donc été un réel bonheur. C’est dans un café situé à deux pas de L’Espace B où elle allait se produire ce soir là, que nous nous sommes confortablement installées pour discuter entre autres de sa musique, d’Aldous Harding, Tiny Ruins ou encore Sharon Van Etten ! Un moment privilégié qui m’a permis d’échanger avec une artiste d’une incroyable gentillesse, sereine, et bien décidée à profiter de chaque instant de son aventure européenne. Vive la musique, vive le folk, vive la Nouvelle-Zélande !


Bonjour !

Bonjour !

Tout d’abord, merci beaucoup de nous accorder cette interview. C’est un grand plaisir de faire ta connaissance.

Mais de rien. Merci à toi !

Une question classique pour démarrer. Quand et comment as-tu commencé la musique ?

Et bien, je dirais un peu par hasard en fait. J’ai démarré la musique vers l’âge de 14 ans au moment où j’ai rencontré Hannah [Aldous Harding]. Nous sommes allées au même lycée pendant un certain temps et nous avons tout simplement commencé à jouer de la guitare et à chanter ensemble. Mais ce n’est que depuis 1 ou 2 ans que les choses sont devenues vraiment sérieuses. Auparavant, ce n’était pour moi qu’une façon de m’exprimer, la façon qui m’était la plus naturelle.

Tes parents n’étaient donc pas musiciens ?

Non. Mais ma maman aime énormément la musique. Mon papa un peu moins. Mais il y avait toujours beaucoup de musique à la maison.

Y-a-t-il un événement particulier qui t’a décidée à en faire quelque chose de sérieux, à l’envisager comme un métier ?

Mon premier album a représenté un grand accomplissement pour moi. Cette réalisation m’a fait ressentir ce que rien d’autre ne m’avait permis de ressentir jusque-là. Lorsque j’écris, je créée et j’interprète, j’ai le sentiment d’être véritablement à ma place et c’est une sensation très positive la plupart du temps. Et puis l’accueil réservé à l’album a dépassé toutes mes espérances. Je n’ai rien fait de spécial pour que cela se produise mais c’est arrivé et je me suis laissée porter.

Comment en es-tu arrivée à réaliser cet album ? Des personnes particulières t’y ont-elles incitée ? Je sais que la communauté artistique en Nouvelle-Zélande est une petite famille en fin de compte.

Oui, Ben [Ben Edwards, directeur du studio où a été enregistré et produit l’album] était un ami et il m’a beaucoup encouragée à aller jusqu’au bout. Toutes les personnes impliquées sur ce disque sont des amis. Nous avions l’habitude de jouer ensemble, en groupe, j’avais toutes ces chansons de prêtes, c’était donc une évolution très naturelle de les regrouper sur un album et c’est ce que nous avons fait.

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Je comprends. Aurais-tu finalement pu exercer un autre métier que la musique ?

Après avoir quitté l’école, j’ai travaillé pendant un temps comme nounou ainsi que dans des cafés et des restaurants. C’est en fait ce que j’ai plus ou moins fait jusqu’à cette année. Après, je ne sais pas, peut-être aurais-je aimé devenir institutrice.

Institutrice ?

Oui, institutrice. Mais pour cela il aurait fallu que je poursuive mes études ! [rires]

Oui, mais à cause de la musique et des tournées…

Oui, j’ai été un peu trop occupée pour continuer.

Bien, parlons maintenant de ta musique. Ton 1er album est sorti il y a déjà 2 ans en Nouvelle-Zélande mais l’année dernière seulement en France.

Oui je l’ai sorti de façon totalement indépendante en 2014. Puis il est ressorti l’année suivante grâce à un label australien.

Spunk Records.

Oui, Spunk !

Cet album est donc paru depuis un certain temps déjà. Que ressens-tu aujourd’hui alors que tu viens nous le présenter pour la première fois ?

Et bien en fait je viens juste de terminer mon second album…

Oh vraiment ? C’est une excellente nouvelle ! J’avais justement des questions à ce sujet !

Merveilleux ! Pendant un moment j’ai eu le sentiment que j’avais beaucoup évolué depuis le 1er album. Ce qui, je pense est plutôt sain et naturel pour une artiste. Mais ensuite j’ai réalisé qu’avec le temps, toutes ces chansons s’étaient comme bonifiées. Elles se sont davantage enracinées en moi, je les connais mieux. Bien sûr, c’est très agréable de jouer les nouveaux morceaux mais j’aime bien les anciens aussi. Au final, les deux se complètent très bien.

Corrige-moi si cela n’est pas correct, mais j’ai lu que tu avais écrit les chansons du 1er album sur une très longue période, 6 ou 7 ans. Si on ajoute à cela le fait que le disque soit sorti il y a déjà 2 ans, nous arrivons à presque 10 ans ! Beaucoup de choses ont donc du probablement changer dans ta vie, tu as du probablement aussi beaucoup changé toi-même depuis tout ce temps.

Oui en effet.

Cela doit te paraître une éternité !

Oui c’est vrai ! [rires]

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Et cela ne te met-il pas mal à l’aise de t’y replonger ? Te sens-tu toujours bien lorsque tu dois jouer ces anciennes chansons ?

Pour la plupart d’entre elles, oui. Bon, parfois, je me dis ‘’Oh mon Dieu, qu’est-ce que je peux être dramatique là’’ [rires] et certains morceaux me semblent vraiment très chargés d’angoisse. Je suis moins nerveuse désormais et sans doute un petit peu plus mature aussi.

Tes chansons sont très personnelles. Cela a-t-il toujours été une évidence pour toi d’écrire des textes personnels ? Comment procèdes-tu ? Tiens-tu un journal intime ou quelque chose de la sorte ?

Oui, j’ai toujours écrit, beaucoup, sans autre but que de laisser sortir les choses qui étaient enfermées en moi. Et cela m’aide incontestablement dans mon processus créatif. Mes chansons sont personnelles car je ne saurais pas faire autrement en fait. J’ai toujours écrit des textes sur moi car et bien je suis le seul sujet que je connaisse vraiment. Je serais incapable d’écrire sur ce que je ne connais pas. Je pense que les auditeurs peuvent percevoir si un texte est authentique ou pas.

Et n’est-il pas trop compliqué parfois de trouver le juste équilibre entre ce qui relève de l’intime et doit le rester et ce qui relève de l’universel et peut être partagé ?

Je pense qu’il y a une vérité intrinsèque à chaque histoire et que cette vérité fait la force de la chanson.

Tu as dit qu’il y avait de l’angoisse dans tes chansons. Il y a aussi parfois de la tristesse et une certaine désillusion. Pour autant, j’y entends également de la confiance en soi et de la détermination. Tu es tout sauf une femme qui pleure sur son sort. Le fait d’écrire t’a-t-il aidée à surmonté toutes les épreuves que tu as traversées ?

Oui. A 100% !

Passons à l’avenir. Ma première question était : y-a-t-il un second disque en vue. Tu m’as déjà dit que oui !

Oui en effet !

L’as-tu déjà enregistré ?

Oui, nous avons fini de l’enregistrer environ deux semaines avant mon départ pour l’Europe.

Quand sortira-t-il ?

Probablement l’année prochaine. En mars. Cela nous laisse un peu de temps. Je veux dire tout est prêt, mais je n’ai pas envie de précipiter les choses car cela ne me semble pas nécessaire !

Bien sûr ! J’espère que tu reviendras nous le présenter ?

Oui, je l’espère aussi !

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Est-ce un album différent du premier ou bien plutôt un successeur assez naturel ?

Et bien, je pense qu’il y a une certaine évolution entre les deux disques. Le second me semble avoir davantage de caractère. J’ai un peu grandi et je me sens un peu plus forte désormais.

Quel âge as-tu ?

24 ans. Oui, pour moi, les chansons de ce nouvel album sont plus fortes.

Et musicalement parlant ?

Je ne me suis pas mise de barrière particulière sur ce point. Je voulais juste faire un disque différent. Et nous sommes tous très satisfaits du résultat.

L’as-tu enregistré au même endroit que le précédent ?

Oui.

Le désormais célèbre studio de Ben Edwards à Lyttelton?

Oui ! [rires]

Excellent ! J’ai également lu, et j’espère sincèrement que cela est vrai, que l’un de tes plus grands coups de cœur musicaux avait été Sharon Van Etten. Je dois être sa plus grande fan en France !

Oh vraiment ?

Oui ! Donc s’il te plaît, dis-moi que ce que j’ai lu est vrai !

Oui, je l’adore ! Son album ‘’Tramp’’ a vraiment été une découverte très importante et inspirante pour moi.

C’est également avec cet album que je l’ai moi-même découverte.

Je l’ai vue en concert aussi.

En Nouvelle-Zélande ? En Australie ?

C’était à Melbourne. Elle était merveilleuse ! Je l’adore ! J’aime beaucoup Angel Olsen aussi.

Je les adore toutes les deux ! T’ont-elles inspirée ?

Oui, c’est certain !

Et as-tu pu rencontrer Sharon ?

Hollie [Hollie Fullbrook = Tiny Ruins] assurait sa première partie et je souhaitais la rencontrer mais finalement cela ne s’est pas fait. Mais Hollie lui a envoyé mon album et Sharon lui a dit qu’elle l’avait écouté et beaucoup aimé ! J’ai essayé de faire sa première partie lorsqu’elle est venue tourner en Nouvelle-Zélande mais cela n’a malheureusement pas abouti. Peut-être sommes-nous trop proches musicalement parlant.

La prochaine fois tu le feras ! Je vais lui écrire !

Oh, vraiment ? [rires]

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D’une façon générale, en plus de Sharon et Angel, quelles sont les influences musicales que tu revendiquerais toi personnellement ?

Rufus Wainwright, je l’aime beaucoup. Jeff Buckley aussi, je l’ai énormément écouté ces derniers temps. Ainsi que Jolie Holland. Connais-tu Jolie Holland ?

Oui !

Super ! Voilà les 3 premiers noms qui me viennent spontanément à l’esprit.

Excellent ! Dis-moi, une tournée assez importante commence tout juste en Europe. C’est ta première fois ici n’est-ce pas ?

Oui !

Qu’est-ce que cela te fait de venir de si loin pour jouer dans la vieille Europe ?

C’est bizarre [en français] ! Je commence tout juste à réaliser, le décalage horaire m’a complètement achevée ! C’est merveilleux ! En allant aux Pays-Bas [Nadia a joué son tout premier concert européen deux jours avant aux Pays-Bas dans le cadre du festival ‘’Here comes the summer’’ à Vlieland] j’avais l’impression d’être comme dans un rêve. Mais je sais aussi qu’un gros travail nous attend, beaucoup de route et de concerts. C’est dur, c’est un vrai défi mais je pense qu’il y a une raison à tout ce que nous faisons. [rires]

Bien sûr ! Voir tous ces gens venir t’écouter, c’est une excellente raison !

Oui ! Et grandir en tant qu’artiste aussi. Tourner est la seule façon de gagner en confiance et d’évoluer je pense.

Oui c’est certain. Y-a-t-il des lieux que tu as particulièrement envie de découvrir ?

Je suis ouverte à tout, je prends les choses comme elles viennent. Mais j’étais bien sûr très excitée à l’idée de venir à Paris !

Je ne peux pas te demander le lieu qui t’a le plus plu car tu n’as encore joué qu’un seul concert…

Je sais ! Ce premier concert était merveilleux !

Un bon début donc ?

Oui ! Ils ont été si gentils avec nous. J’étais un peu inquiète et craignais que la langue ne soit un obstacle mais ils parlaient tous parfaitement anglais.

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A l’exception de la France, tu devrais croiser des gens qui parlent très bien l’anglais  je te promets ! [rires] Dis moi, il y a environ 2 semaines, j’ai rencontré Hannah [Aldous Harding] et ai discuté avec elle de ce que j’appelle la ‘’New Zealand touch’’, à savoir tous ces artistes merveilleux venant de là-bas : Tiny Ruins, Hannah et Marlon [Marlon Williams] bien sûr, toi.  Elle m’a dit que vous vous connaissiez tous depuis fort longtemps…

Oui en effet !

Et que selon elle, vous étiez tous collectivement responsables de ce que chacun(e) d’entre vous êtes en train de devenir. Es-tu d’accord avec cela ? Est-ce une histoire d’amitié et d’émulation collective ?

Oui. Je pense qu’Hollie [Tiny Ruins] en particulier a joué un rôle très important. Nous évoluons tous dans la scène dite folk mais il y a encore 5 ans, jouer du folk n’était pas du tout tendance en Nouvelle-Zélande…

Vraiment ?

Oui ! J’ai grandi en jouant dans des festivals folk et des clubs avec des gens bien plus âgés que moi. Mais depuis quelque temps la musique folk est redevenue populaire et je pense que tout le travail réalisé par Hollie y est pour beaucoup. Elle a tracé la route pour des artistes comme Hannah ou moi. Cela a été beaucoup plus facile pour nous de nous faire accepter car Hollie était déjà passée par là avant et avait travaillé dur pour cette reconnaissance. Quant à Hannah et moi, et bien je pense que nous nous sommes mutuellement aidées, nous évoluons sur la même scène mais nous avons aussi chacune notre propre, comment dire…

Votre propre signature musicale ?

Oui, exactement.

Je suis totalement d’accord. Vous venez toutes les deux de la scène folk mais avez chacune un son qui vous est propre.

Oui !

Je veux dire, j’aime votre musique à toutes et à tous, Hollie qui a été la première que j’ai découverte et que j’ai déjà vue plusieurs fois ici en France, Hannah et toi, Marlon aussi.

Oui, oui ! C’est intéressant car beaucoup de personnes s’interrogent sur ce point, mais comme Hannah te l’a dit nous sommes avant tout des amis et nous n’avons jamais recherché à faire de la musique à tout prix. Cela s’est presque fait par accident, ou disons plutôt que c’est arrivé comme ça.

Même question qu’à Hannah : y-a-t-il un autre trésor caché venant de Nouvelle-Zélande que nous devrions découvrir ?

Euh et bien Anthonie [Anthonie Tonnon] tourne avec moi et il est merveilleux ! C’est le premier nom qui me vient à l’esprit.

Super ! Dernière question : qu’écoutes-tu en ce moment ? Y-a-t-il des artistes que tu souhaiterais nous recommander, des coups de cœur récents que tu souhaiterais partager avec nous ?

Connais-tu John Grant ?

John Grant ? Oui !

Je l’ai beaucoup écouté aujourd’hui. Aussi, bon ce n’est pas très récent, mais je me replonge beaucoup dans Tracy Chapman ces derniers temps. Pour ce qui est des choses plus récentes, je reste sur John Grant . Je l’ai vu jouer à Auckland il y a deux mois et c’était incroyable.

Ok John Grant et Tracy Chapman donc.

Oui, mon cerveau ne peut pas faire plus !

Non mais c’est parfait ! Et bien voilà, c’est terminé !

Cool !

Merci beaucoup !

Merci à toi, c’était super !


Interview réalisée par Laurence Buisson à Paris le 9 mai 2016

Crédit Photos : Jean-Marc FERRE


Pour en savoir plus : http://nadiareid.com/ ou https://www.facebook.com/hellonadiareid/


Interview également disponible sur A l’écoute

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