Awake – Tiny Dinosaurs

“De la musique avant toute chose” revendiquait Verlaine dans son célèbre “Art poétique”. Ces quelques mots prennent une résonnance particulière à l’écoute de Awake, très très bel EP signé Tiny Dinosaurs et sorti dans la plus grande discrétion fin octobre. La genèse de ces cinq titres bouleversants trouve en effet sa source dans la détermination d’une jeune femme qui, bien qu’ayant perdu la voix suite à un coma médical, s’est battue six mois durant pour défendre sa raison de vivre, la musique.

Cette jeune femme c’est Julie Jay, une auteur-compositrice-interprète française originaire de Cannes, mais très vite devenue citoyenne du monde, au gré de ses aventures musicales, de New York à Los Angeles, en passant par Montréal. Je l’ai pour ma part découverte en mars 2012, en première partie de son amie Sharon Van Etten, au Point Ephémère. Touchée par l’univers de celle qui jouait alors sous le nom de Julie Peel, j’ai depuis ce moment attentivement suivi son parcours et ses différents projets, Julie Peel d’abord puis Daltonians et désormais Tiny Dinosaurs, le patronyme derrière lequel l’artiste nous présente Awake, sept ans après un premier album déjà fort réussi, Near The Sun.

Etroitement lié à l’expérience personnelle traumatisante vécue par son auteur et totalement autoproduit, ce court album (22 minutes) est une plongée bouleversante dans l’intimité d’une jeune femme qui malgré l’acharnement du destin a décidé d’aller de l’avant, en choisissant l’espoir et l’avenir plutôt que la résignation et l’abandon (“Sit And Stare”). Il est aussi un message universel adressé à toutes les personnes qui à un moment donné de leur vie ont eu le courage de laisser derrière elles une partie d’elles-mêmes pour pouvoir continuer à avancer (“Never Be”).

Bien qu’empreinte d’une douce mélancolie, la musique délicieusement enveloppante de Awake emporte l’auditeur dans un voyage poignant à la recherche de la lumière (“Shake”). A mi-chemin du folk rock et de la dream pop, guitares, basse, claviers, glockenspiel et percussions viennent ainsi bâtir un cocon protecteur autour de l’élément central du disque, la voix de Julie. Une voix ressuscitée, parfois encore un peu fragile mais toujours résolue, une voix qui touche durablement le cœur de celui ou celle qui s’y abandonne. Impossible en effet de ne pas succomber à l’émotion qui se dégage du titre “Shout Out The Light” sur lequel l’ami Peter Silberman (The Antlers) pose sa voix dans des chœurs beaux à en pleurer, ou encore du morceau de clôture “Insomnia” et de ses quelques mots transperçants “If I sleep, I will / I will die before your eyes”.

“Après le silence, ce qui tend le plus à exprimer l’inexprimable c’est la musique” a écrit Aldous Huxley. Revenue du silence le plus total, Julie Jay nous offre ici avec son art une incroyable leçon de courage et de détermination, mais aussi d’humanité et de talent. Une suite à ce très bel EP a été annoncée pour 2017 (un second volet qui devrait s’intituler Asleep). C’est bien sûr les yeux (et les oreilles) grand ouverts que je compte d’ores et déjà les jours !

Lolo from Paris

Bonus : Séquence souvenirs avec cette jolie session acoustique filmée par les amis du Cargo! en 2010.


Date de parution de l’album : 21 octobre 2016

Pour en savoir plus : http://tinydinosaursmusic.com/ ou https://www.facebook.com/tinydinosaursss/

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