Heart Song – Jess Williamson [Brutal Honest]

Il est des chansons si intimement liées à des lieux qu’elles en deviennent quasiment indissociables. La musique de Jess Williamson en est l’un des exemples les plus remarquables. Après l’écoute addictive d’une poignée de morceaux découverts quelques semaines seulement avant mon départ pour un roadtrip texan, j’ai en effet acheté l’album Heart Song à Austin juste après sa sortie. Il n’a depuis lors jamais cessé de me replonger dans ce mémorable voyage dont il s’est immédiatement révélé être la bande-son parfaite. Apprendre que son auteur était originaire précisément du Texas et l’écriture de sa musique profondément, et même viscéralement ancrée dans cet état du sud des Etats-Unis, sonnait donc finalement un peu comme une évidence.

Jess Williamson, la texane. Née et élevée dans la banlieue de Dallas, la jeune femme vit aujourd’hui à Austin, après une courte parenthèse désenchantée à New York alors qu’elle avait à peine 20 ans. Si l’espoir et le soulagement nés du retour dans son état d’origine ont constitué l’inspiration de son premier album, l’épuré et très beau Native State, paru en janvier 2014, les doutes liés au quotidien et au confort d’une vie texane peut-être finalement un peu trop étriquée pour celle qui souhaite devenir artiste, nourrissent son second disque, le superbe Heart Song, paru en novembre dernier sur son propre label, Brutal Honest.

Et c’est bien le Texas que l’on ressent, que l’on entend, en un mot que l’on (re)vit à l’écoute des sept titres de ce nouvel opus. Ce sont ses paysages plats et arides que l’on (re)voit défiler, ses ville fantômes que l’on (re)visite, ses ciels incroyables qui passent en un instant du bleu au noir que l’on devine. Construite autour de la guitare et des percussions, l’instrumentation souligne impeccablement le côté profondément cinématographique de la musique de Jess. A l’image des titres “Say It” et “Heart Song”, qui tels les orages intenses du sud, basculent soudainement dans un chaos sonore totalement irrésistible. Ou bien encore des sept minutes trente délicieusement enveloppantes du morceau “Last Word”, qui en s’étirant à l’infini, reflètent si bien l’immensité des paysages texans. Tandis que “Snake Song” et “Devil’s Girl”, dépouillés à l’extrême, font merveilleusement écho à l’aridité du désert. “I’m always thinking about how space can be another voice or another instrument. You want to listen closer to a whisper than a shout”, résume parfaitement l’américaine.

Impeccablement produite la musique de Heart Song habille des textes intimes et bouleversants dans lesquels la jeune auteur-compositrice-interprète n’hésite pas à se mettre à nu, à la façon de son aînée Sharon Van Etten. Des textes poétiques terriblement humains et à portée universelle où il est question d’amour bien sûr mais aussi de doutes, de trahison, et de vulnérabilité. Jess y questionne la sincérité des sentiments de l’autre (“Do you know when I need to be coddled like a child / And when I need to be ignored ? / (…) / Love is someting you realize / And it goes on thick and vulnerable as ice / (…) / Is my home in you ? Is my home in me?” – “Say It”) tout en exposant courageusement sa propre fragilité (“I thought I could change my heart and be the same / (…) / Is freedom really nothing left to lose? / Is freedom something I have? / (…) / Oh my god nothing has changed in my heart / (…) / But I am a slave to a part of my heart / Nameless and untamed / (…) / Will I grow into my body or my heart?” – “Heart Song”). Elle dénonce le confort de la routine du quotidien (“Do you know the stakes of the snakes of comfort? / Do you know the power of your fear?” – “Snake Song”) et affirme sa soif absolue de liberté (“Leave your heart open” – “White Bed”).

La richesse des sentiments exprimés est incroyablement sublimée par la voix qui les porte. Une voix écorchée et profonde, fragile et forte à la fois. Une voix remplie d’émotion et d’intensité, quelque part entre Angel Olsen, Cat Power (la ressemblance avec cette dernière est particulièrement déroutante sur le titre “Snake Song”) et Laura Marling. Une voix remplie d’âme et de cœur qui vient durablement hanter celui ou celle qui s’y abandonne.

Maybe I am just the devil’s girl” nous chuchote l’artiste à la fin de son bouleversant dernier titre. On ne pouvait rêver conclusion plus excitante à un album si extraordinairement envoûtant de la première à la toute dernière note.

Lolo from Paris

Bonus : Version solo et acoustique du très beau “Devil’s Girl” filmée sur un toit, à Los Angeles, il y a trois ans déjà


Date de parution de l’album : 4 novembre 2016

Pour en savoir plus : http://www.jesswilliamson.com/ ou https://www.facebook.com/jesswilliamsonmusic/

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