Preservation – Nadia Reid [SPUNK! Records / Basin Rock]

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Avec son premier album, le superbe Listen To Formation, Look For The Signs, Nadia Reid fut incontestablement l’une de mes plus belles découvertes musicales de l’année 2015. La voix, les mélodies, les textes, tout chez la néo-zélandaise de Port Chalmers, Dunedin, m’avait alors séduite. C’est avec une impatience certaine que j’attendais donc de pouvoir appréhender la suite de son oeuvre. Une suite qui porte désormais un nom, Preservation. Passée la joie, sincère et profonde, des retrouvailles, il est temps pour moi d’essayer d’écrire tout l’incroyable bien que j’en pense.

Car, annonçons-le d’entrée de jeu, il ne fait aucun doute que Preservation vient marquer une étape essentielle et passionnante dans la parcours musical de l’artiste. En retournant enregistrer dans le désormais célèbre Sitting Room studio de Ben Edwards à Lyttleton Harbour, Christchurch (studio qui, rappelons-le, a également vu passer Aldous Harding, Marlon Williams ou bien encore Julia Jacklin), Nadia a fait le choix de l’amitié et de la fidélité (elle et Ben se connaissent en effet de très longue date et ont déjà produit ensemble son premier opus) mais aussi de la sagesse. Pleinement en confiance dans cet environnement familier, elle a en effet ainsi pu oser totalement se libérer pour au final nous offrir un son incroyablement travaillé, un son ample et lumineux qui, en s’étoffant (ici la batterie et la guitare électrique davantage mises en avant, là une basse plus présente), s’intensifie et gagne en puissance mais aussi en complexité. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si les deux premiers morceaux dévoilés, “The Arrow and The Aim” puis “Richard”, sont précisément ceux qui délaissent le plus la folk mélancolique des débuts, mettant en lumière tout le chemin musical parcouru. Un chemin audacieux qui frôle même l’avant-gardisme sur l’un des plus beaux titres du disque, “Te Aro”, et ses 5 minutes 22 de douceur aérienne venant se heurter à un son de guitare distordu et torturé.

Mais que les fans de la première heure se rassurent. Malgré le caractère plus affirmé de sa musique, Nadia conserve un sens de la mélodie imparable (les irrésistibles “I Come Home To You” et “The Way It Goes” en sont les preuves les plus belles) et un don pour l’écriture toujours aussi stupéfiant. A tout juste 25 ans, la néo-zélandaise nous offre des textes intimes et profondément émouvants sur sa quête d’elle-même et sa recherche de l’équilibre permanent face aux blessures inévitables de la vie. Des textes incroyablement sincères, parfois caustiques (“Richard liked the sound of his own voice / By the kitchen / In the mirror / It extracted all of our teeth / Filled the sink with blood), voire même crus (“There were two little words that I used / One was fuck / The other was you). Mais des textes toujours porteurs d’optimisme (“I know I will find the one to hold onto” – “In the end, I know / I will reach my destination”) et d’une grande poésie où chaque mot est soigneusement choisi (“We see things in a different light / I’m looking outward into the night / I wanted to be like you / Take me home / Smoke me out” – “Pushing at the arrow of time / Taking back the hand that is mine).

Preservation parle de ce moment où j’ai commencé à m’aimer à nouveau. Il y est question de force, d’observation et de tempérance. Cet album parle d’être en paix avec celle que je suis et celle que je veux être. Ces chansons sont une confession adressée à celle que je serai demain et celle que j’étais hier”, résume parfaitement l’artiste, avec une lucidité et une mâturité assez rares pour être soulignées.

Autre signature indélébile de la musique de Nadia, et sans aucun doute son trésor le plus précieux, la voix de la chanteuse bien sûr. Une voix chaude, toujours aussi irrésistible et envoûtante, qui rayonne sur l’ensemble de l’album pour durablement toucher l’âme et le coeur de celui qui s’y abandonne. Une voix qui se suffit presque à elle-même sur les morceaux les plus doux et épurés du disque, à l’image de “Hanson St, Pt. 2 (A River)” et “Reach My Destination”, deux pépites folk auxquelles il est impossible de ne pas immédiatement succomber.

 A l’écoute de Preservation, on pourrait bien sûr évoquer la musique de Laura Marling ou encore Sharon Van Etten comme références immédiates. Et il ne fait aucun doute que les amateurs de ces deux formidables chanteuses ne pourront qu’être séduits par le travail de la néo-zélandaise. L’album mérite toutefois beaucoup plus qu’un simple jeu de comparaisons, forcément réductrices, avec d’autres oeuvres, aussi belles soient-elles. Preservation est en effet et avant tout l’oeuvre originale d’une artiste au talent incroyable qui en osant pleinement s’affirmer, se révèle simultanément à elle-même et au monde. Il est aussi une magnifique déclaration d’amour de son auteur à la musique. Et incontestablement l’un des très grands disques de l’année 2017.

Lolo from Paris

Bonus : Très belle version épurée de la chanson titre de l’album enregistrée à Copenhague l’année dernière. Une voix, une guitare, une mélodie, un texte, et la magie de la musique de Nadia tout simplement !


Date de parution de l’album : 3 mars 2017

Pour en savoir plus : http://nadiareid.com/ ou https://www.facebook.com/hellonadiareid/

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