Vashti Bunyan & Steve Gunn, en concert @Le Carreau du Temple, Paris, le 13 avril 2017

Dans un monde de plus en plus sombre et incertain, rares sont les instants de répit où il nous est encore permis de rêver. Heureusement la musique reste là pour nous aider à oublier une réalité à laquelle on voudrait si souvent échapper. La soirée Magic Number #2 de jeudi dernier au Carreau du Temple est venue nous le rappeler de la plus jolie des façons. En programmant Vashti Bunyan et Steve Gunn, la revue pop moderne Magic (dont on ne répétera jamais assez combien elle nous a manqué l’année dernière) associée pour l’occasion à la Route du Rock Booking, nous a en effet offert un moment d’une beauté rare, le temps de deux sets magnifiques où ne comptaient plus que la musique et son incroyable pouvoir de communion.

Steve Gunn fut le premier à nous le confirmer. Le musicien, auteur-compositeur-interprète originaire de Philadelphie et installé à Brooklyn, se présente seul sur scène. Muni uniquement de deux guitares acoustiques, il parviendra pourtant, grâce à son talent, à envoûter une salle à la réverbération parfaite. Car c’est un fait, l’américain joue comme personne de cet instrument. Virtuose de la six cordes, il possède un doigté en tout point remarquable. Inventifs et hypnotiques, ses riffs emportent l’auditeur dans un magnifique voyage le long des chemins d’une folk psychédélique et lumineuse, teintée de rock contemplatif et avant-gardiste. Quelque part entre Ryley Walker et le Velvet Underground, Steve Gunn propose un son unique et totalement captivant. Un son créatif que le format solo révèle peut-être encore davantage. En revenant à l’essence même de son jeu et de sa musique, l’artiste propose en effet des versions épurées et raffinées de ses morceaux qui grâce au talent d’improvisation de leur auteur gagnent en beauté intemporelle.

Concentré sur son art, l’homme parle assez peu mais sait faire preuve d’humour lorsqu’il renomme son premier titre “Find Your Seat” en clin d’œil aux spectateurs retardataires qui rejoignent la salle alors que le concert démarre. Il ne manque pas non plus de remercier son public, visiblement touché de l’attention que ce dernier lui accorde. Sans fard ni artifice, Steve se révèle tel qu’il est, peu bavard mais authentique et incroyablement talentueux. Seule la musique compte. Une musique faite de mélodies finement ciselées que vient accompagner une voix chaude, poignante et légèrement traînante, mise au service de textes à la poésie abstraite et touchante. Les titres présentés ce soir-là proviennent des trois derniers albums de l’américain qui se concentre donc sur son travail le plus récent. Une introduction parfaite à une œuvre prolifique qui en 15 ans de carrière, compte déjà sept albums, de nombreux EPs et de multiples collaborations de grande qualité (The War On Drugs, Kurt Vile & The Violators, Mike Cooper, Michael Chapman, etc). Voilà un artiste complet qui gagne à être connu et reconnu !

06

A l’image de la magnifique Vashti Bunyan dont le public salue très chaleureusement l’arrivée. Aujourd’hui âgée de 72 ans, l’artiste anglaise, désormais présentée comme la grande prêtresse du “freak folk”, aura pourtant attendu fort longtemps avant que son talent ne soit reconnu. Un talent incroyable qui surgit à la fin des années 60 mais passe alors complètement inaperçu, provoquant l’exil de son auteur très loin de la vie publique, avant la redécouverte et le succès, 35 longues années plus tard. Un parcours atypique et devenu mythique qui explique l’enthousiasme des spectateurs venus ce soir en nombre applaudir cette grande dame de la musique, si rare sur scène, et donc si précieuse à écouter. Dire que le résultat aura été bien au-delà des attentes exprimées est encore en-dessous de la réalité. Quelle classe et quelle magie en effet !

Accompagnée de l’écossais Gareth Dickson, son guitariste, ami et complice de longue date (12 ans déjà), l’artiste se présente à nous sourire aux lèvres et guitare à la main. Une formation resserrée qui sied à merveille à l’épure des compositions et à l’intimité du moment. Une intimité recherchée par la musicienne qui prend le temps d’échanger avec son public pour introduire chacun de ses titres, avec beaucoup d’humour et une infinie tendresse aussi. Des titres qui retracent l’ensemble de la discographie de la chanteuse, soit trois albums et une poignée de singles seulement en plus de 50 ans de carrière. Incroyablement raffinées, ses douces ballades folk sont le reflet d’une vie, sa vie, un parcours à la fois douloureux et lumineux, toujours habité par un optimisme indéfectible et contagieux. Une porte ouverte sur un monde à la beauté fragile certes mais réelle. Une beauté sublimée par le jeu de guitare de Gareth Dickson, précis, ample et aérien, et par la voix de la chanteuse. Une voix si pure et cristalline, si subtile et bouleversante, qu’il est impossible d’y résister. Une voix sur laquelle le poids des années n’a pu, comme par miracle, trouver aucune prise. Visiblement très heureuse d’être là (le sourire et le regard malicieux ne trompent pas), Vashti se révèle vraiment à l’image de ses textes : sensible, rêveuse, poétique. Et incroyablement généreuse aussi. La musicienne laissera ainsi son compagnon de scène présenter l’un de ses propres titres (l’envoûtant “Two Trains”), endossant le temps d’un morceau le rôle de simple choriste. Elle accueillera également à ses côtés Alma Forrer, une jeune artiste française qui fête ce soir-là ses 24 ans, pour une très belle interprétation en duo du poignant “Dont Believe What They Say” écrit alors qu’elle avait elle-même seulement 19 ans. Un échange bouleversant entre deux générations d’artistes unies par un amour commun de la musique et qui nous rappelle à quel point les instants de partage de cette nature sont essentiels et précieux.

Doux. Intime. Intemporel. Magnifique. Inoubliable. Le moment de musique offert ce soir-là au Carreau du Temple aura été tout cela à la fois, et bien plus encore. Il fut une parenthèse enchantée, un instant de temps suspendu, une invitation à un voyage contemplatif et idyllique n’ayant d’autre objectif que la recherche de la beauté et du plaisir. En un mot d’un seul juste MAGIC.

Lolo from Paris


Crédit photos : Jean-Marc Ferré et Lolo from Paris


Set list de Steve Gunn :

1 – Intro instrumentale

2 – Old Strange

3 – Milly’s Garden

4 – Water Wheel

5 – Night Wanderer

6 – Way Out Weather

7 – Ark

8 – Park Bench Smile

9 – Wildwood

Set list de Vashti Bunyan :

1 – Here Before

2 – Diamond Day

3 – Lately

4 – Across The Water

5 – Wishwanderer

6 – If I Were

7 – Train Song

8 – Two Trains (chanson de et par Gareth Dickson)

9 – Don’t Believe What Thet Say (en duo avec Alma Forrer)

10 – Gunpowder

11 – Here

12 – I’d Like To Walk Around Your Mind

13 – Heartleap

Encore :

14 – Wayward

15 – Glow Worms


Bonus 1 :

Bonus 2 :


Pour en savoir plus sur Steve Gunn :

http://www.steve-gunn.com/ ou https://www.facebook.com/therealstevegunn/

Pour en savoir plus sur Vashti Bunyan :

https://www.fat-cat.co.uk/artist/vashti-bunyan

Pour en savoir plus sur Gareth Dickson :

http://www.garethdickson.co.uk/ ou https://www.facebook.com/garethdicksonmusic/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s