Impermanence – Peter Silberman [ANTI-Records / Transgressive Records / PIAS]

Dans un monde devenu prisonnier d’une course effrénée au toujours plus, rares sont les moments où nous prenons le temps de réfléchir au sens et à la veritable valeur des choses de la vie. Avec Impermanence, son premier album en dehors de The Antlers, Peter Silberman fait précisément le pari un peu fou de nous inviter à ce voyage méditatif vers la paix intérieure. Il signe également par la même occasion un album concept à la beauté rare mais irradiante pour qui aura la patience de lui accorder toute l’attention qu’il mérite.

Impermanence. Le terme renvoie à la philosophie indienne et plus précisément à la pensée bouddhiste selon laquelle tout ce qui apparaît un jour est appelé à disparaître le lendemain. Le chemin vers la sérénité passe donc nécessairement par l’acceptation de ce changement constant et inéluctable des éléments constitutifs du cours de la vie. Le sujet n’est bien sûr pas choisi au hasard. Le disque se nourrit en effet de l’expérience traumatisante vécue par son auteur qui a souffert de longs mois durant d’une perte totale de l’audition de l’oreille gauche associée à des acouphènes permanents et à une sensibilité exacerbée aux bruits du quotidien, dont le son de sa propre voix, ce qui pour un musicien et chanteur constitue sans aucun doute l’angoisse la plus effroyable qui soit. Obligé de quitter Brooklyn pour le calme du nord de l’état de New York, l’artiste a dû faire l’apprentissage de la patience et de la solitude mais aussi réapprendre l’expérience du silence que ses troubles auditifs lui avaient volée. Impermance est ainsi l’histoire de cette souffrance et de la renaissance qui a suivi.

Déjà très présente dans l’oeuvre de The Antlers, l’émotion tout en retenue qui traverse ici les textes est une nouvelle fois complètement bouleversante. “I’m disassembling piece by piece… deteriorating, decayed, decreased” murmure Peter au tout début du titre d’ouverture, le foudroyant “Karuna”, avant d’implorer “Can you heal me? (…) Can you reach me?”. La décharge émotionnelle est intense et ne nous quittera plus. Tout au long de ses six titres, et malgré quelques références immédiates à la peine endurée (“When my nerve wore down / I was assailed by simple little sounds / Hammer clangs, sirens in the park / Like I never heard New York”), l’album ne sombre jamais dans le pathos mais résonne plutôt comme un appel intime et lumineux (“This time is all we have / I hope I have enough / Enough to show you love”) en invoquant les préceptes bouddhistes de la bienveillance (“Ahimsa” en sanscrit et son irrésistible mantra “No violence today”) et de la compassion (“Karuna” en sanscrit).

Pour porter ses mots et leur donner tout leur sens, Peter fait le choix d’une folk ambiante dépouillée à l’extrême : des notes de guitare jouées au ralenti, quelques rares percussions, un piano discret, un furtif filet de flûte ou encore un soupçon d’accordéon. L’objectif recherché est bien de privilégier le peu pour souligner la beauté et la puissance du silence devenu si précieux aux oreilles de celui qui en a perdu la notion le temps de sa longue convalescence. “Quand le silence a cessé d’être disponible pour moi, je suis venu à le penser comme un luxe de la perception bien calibrée. Nous le percevons à tort comme rien, mais il est précieux, d’une entité profonde”, explique ainsi l’artiste, avant de poursuivre : “J’ai souvent pensé à cette citation de Miles Davis : ce ne sont pas les notes que vous jouez, ce sont les notes que vous ne jouez pas.” L’instrumentation est donc volontairement minimaliste et traversée de sons simples et naturels, dont on a peu à peu oublié la beauté malgré leur caractère si étroitement indissociable de la vie : le vent, une respiration, le chant d’un oiseau, le bruit d’une vague sur un rivage.

Cette recherche constante du minimalisme vient mettre en avant la beauté première et essentielle du disque, la voix de son auteur. Une voix nue et cristalline, fragile et forte à la fois. Une voix à l’amplitude incroyable qui n’est pas sans rappeler celle de l’immense Jeff Buckley. Une voix qui retranscrit à la perfection le long chemin vers la guérison que le chanteur a dû parcourir. Une voix magnifiquement enregistrée par Peter et son ami d’enfance Nicholas Principe (Port St. Willow) puis impeccablement mixée par Andrew Dunn, pour un rendu final très organique, à l’image des enregistrements folks des années 30 ou 40.

Intime. Intense. Mystique. Impermanence nous convie à un voyage à la beauté immaculée et absolue. Loin des formats musicaux lisses et immédiats, il requiert une certaine exigence dans son écoute mais diffuse au fil du temps une douce magie et une sérénité irrésistible qui viendront illuminer le quotidien de ceux qui auront su lui ouvrir leurs oreilles et surtout leur cœur.

Lolo from Paris

Bonus : Une bien jolie reprise des Flaming Lips dans le cadre du projet musical engagé Our First 100 Days


Date de parution de l’album : 24 février 2017

Pour en savoir plus : http://petersilberman.tumblr.com/ ou https://www.facebook.com/psilb/

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