Joan Shelley – Joan Shelley [No Quarter Records]

“La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe”. Ces quelques mots d’Oscar Wilde pourraient à eux seuls parfaitement résumer le charme délicieusement apaisant ressenti à l’écoute de l’album éponyme de Joan Shelley. Deux ans après le très beau “Over and Even” découvert grâce à la NPR (National Public Radio) américaine, ce nouvel opus est déjà le 5ème pour son auteur-compositrice-interprète, et le 3ème chez l’excellent label indépendant No Quarter Records (Zachary Cale, Chris Forsyth, Cian Nugent, Doug Paisley, etc). Il vient également marquer une étape essentielle dans le parcours d’une artiste encore bien trop sous-estimée.

Reine d’une folk minimaliste à la douceur exquise, l’américaine de Louisville, Kentucky, confirme en effet ici tout son talent d’écriture en nous proposant un album remarquable, sans aucun doute son meilleur à date, et le plus personnel aussi. Diplômée en anthropologie, la jeune femme enveloppe son sens aigu du detail d’une touchante poésie dans des textes intimes à la portée universelle. Des textes poignants et sincères sur les relations humaines où il est beaucoup question d’amour, entre désir (“Where I’ll Find You”) et doutes (“The Push And The Pull”), soif de l’inconnu (“Go Wild”) et désillusion (“Wild Indifference”). Décrivant sa musique comme “le chemin le plus court entre elle-même et les autres”, Joan sait toujours trouver les mots justes, qu’ils soient délicieusement expressifs (“I blamed the wind when my leg shook/ But your eyes, that hungry look/ It shot through me/ Didn’t you see? / (…)Tell me where to land/ I’ll aim this ship onto your sand” – “Where I’ll Find You”, “I’ve seen the sun rise over you/ Now I watch it setting down/ But I keep saying/ Yes, I can bear you/ Yes, I can bear you/ Yes, I can bear it all” – ”Even Though”) ou beaucoup plus directs (“In your wild indifference/ It’s all centered around you/ Ain’t it lonely?” – “Wild Indifference”).

Des mots percutants portés par des mélodies irrésistiblement douces et lumineuses. Des mots également sublimés par la voix de leur auteur. Une voix incroyablement chaude et cristalline autour de laquelle les instruments utilisés viennent bâtir un écrin de choix. Il faut dire que la chanteuse a su particulièrement bien s’entourer. S’adjoignant pour la première fois les services d’un producteur extérieur en la personne de Jeff Tweedy (Wilco) rencontré à l’occasion de l’émission de radio Mountain Stage, la jeune femme est partie enregistrer en décembre 2016 dans le studio de ce dernier, le célèbre Loft de Chicago, en compagnie de son complice de longue date, Nathan Salsburg (guitares acoustique et électrique), mais aussi de Tweedy lui-même (basse et guitare électrique), du fils de celui-ci, Spencer Tweedy, (batterie et percussions) et du multi-instrumentiste James Elkington (guitare électrique, piano et claviers). Quatre musiciens de grand talent (la virtuosité du jeu de guitare de Nathan et la subtilité des percussions de Spencer viennent nous le rappeler de façon admirable) qui mettent leur art au service de la voix de Joan et de la richesse intrinsèque des morceaux pour un rendu final à la beauté renversante. Une beauté intemporelle à la fois dépouillée et incroyablement élégante dont le producteur a su parfaitement saisir toute la force irradiante (la moitié des morceaux ont été captés en une seule prise). “Tout dans cet album, depuis l’écriture jusqu’à l’enregistrement et l’illustration, fut un exercice de minimalisme. Je souhaitais ne retenir que l’indispensable et cela passait donc par la recherche du moins. Jeff a précisément su protéger les chansons en nous empêchant d’aller trop loin”, a ainsi confié l’artiste à la NPR.

En conjugant au présent poésie et grâce à travers une musique éternelle et envoûtante, Joan Shelley confirme avec ce nouvel album son statut de figure féminine incontournable de la scène folk nord-américaine, aux côtés de Meg Baird, The Weather Station, Alela Diane ou bien encore Laura Gibson. Elle s’y révèle aussi pleinement telle qu’elle est : la fille imaginaire rêvée de Nick Drake et Sandy Denny selon le magazine Rolling Stone, mais aussi et surtout une artiste au talent rare qui mérite plus que jamais toute notre attention.

Lolo from Paris

Bonus : Joan et son fidèle complice Nathan Salsburg filmés en acoustique il y a 3 ans déjà. Un moment de musique beau tout simplement.


Date de parution de l’album : 5 mai 2017

Pour en savoir plus : http://www.joanshelley.net/ ou https://www.facebook.com/joanshelleymusic/

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