Interview de Julie Byrne à Paris, le 31 mai 2017

Auteur d’un album magnifique sorti en tout début d’année et chroniqué ici-même, Julie Byrne était de passage à Paris fin mai du côté du Pop-Up du Label. L’occasion rêvée pour demander à la jeune femme quelques minutes d’entretien juste avant son concert. Une proposition immédiatement acceptée par l’américaine dont la gentillesse m’a profondément touchée. Retour sur ce moment privilégié où il a été question de musique bien sûr, mais aussi de voyages, de New York et de poésie. Un moment d’une douceur extrême, à jamais gravé dans mon petit coeur de fan. Merci pour tout Julie !


Bonjour Julie!

Bonjour!

Tout d’abord un grand merci à toi, c’est un vrai plaisir de te revoir et de partager ce moment avec toi ! Je te propose de parler en premier de ta découverte de la musique. J’ai lu que tu avais commencé à jouer avec la guitare de ton père à l’âge de 17 ans. Est-ce lui la personne qui t’a donné envie de te mettre à la musique ?

Je pense qu’il a très certainement eu une influence. Mais je pense aussi que le désir profond de le faire a toujours été le mien. Par contre sa façon de jouer a véritablement été un exemple pour moi. C’était un guitariste fingerstyle.

Il jouait donc très bien.

Oui en effet !

As-tu pris des cours de guitare ou bien as-tu appris toute seule ?

J’ai appris par moi même.

Complètement seule ?

Oui.

Waouh ! Tu joues si bien !

Oh merci !

A-t-il toujours été evident pour toi que la musique serait ton choix de vie ?

Oui je pense. Bien sûr, il y a d’autres passions que j’aurais aimé explorer mais avec la musique j’ai toujours ressenti comme un sentiment de sécurité. J’y ai donc consacré tout mon temps et mon énergie aux dépens des autres choses car c’est là que mon intuition toujours me menait. J’aime pouvoir vivre tout en étant capable de me produire et de m’exprimer. C’est aussi pour moi l’opportunité de me faire de nouveaux amis et de découvrir de nouveaux lieux, un cadeau rare je pense.

Dans tes textes, il est beaucoup question de voyages et de nature. Mais d’après ce que je sais, tu es désormais installée à New York, une ville dont le nom ne vient pas forcément immédiatement à l’esprit lorsque l’on évoque la nature. Comment expliques-tu ton choix 1) de finalement t’installer après tant  de voyages et 2) de le faire précisément à New York ? Etait-ce un choix délibéré ? Ou peut-être juste le fruit des hasards de la vie ?

Exactement ! Ce ne fut pas une décision réellement préméditée. Je sortais d’une très longue période de voyages sans vrai domicile fixe. J’avais de nombreux amis vivant à New York, le choix de cette ville m’a donc semblé être le plus naturel. Mais je n’avais alors pas idée de ce que cela me coûterait de survivre là-bas. C’est une ville très exigeante. Il faut aussi que ton environnement t’inspire, et je ne pense pas que ce fut le cas pour moi. J’ai pourtant plusieurs amis très proches qui se sentent inspirés par New York. Pas moi et cela n’a pas été facile à accepter. Aussi j’essaie aujourd’hui de déménager, quitter New York et assumer cet état de fait.

New York est l’une de mes villes préférées…

L’idée est de vivre quelque part au nord de l’état de New York afin que mes mes amis et moi puissions continuer à nous voir. Mais j’ai vraiment besoin de plus d’espace, et d’un lieu de vie plus abordable également…

Oui ce point est important…

Oui ! Cela ne sert à rien de persister si in fine cela te coûte trop de vivre quelque part.

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Le fait de te poser a-t-il un impact sur ta façon d’écrire ? Ou bien avais-tu besoin de te poser pour pouvoir écrire ?

Cela va nécessairement changer le contenu de ma musique. Mais je n’ai pas beaucoup écrit depuis la sortie de l’album donc nous verrons bien…

L’idée de prendre la route est une idée très romantique et très américaine aussi (rires). Mais le voyage est souvent au final autant géographique que spirituel…

Oui en effet…

Comment décrirais-tu le besoin que tu as ressenti de prendre la route ? Pourquoi ce choix ?

Je crois qu’il s’agit d’un point me concernant que j’essaie toujours de comprendre. Déjà au lycée je ressentais ce besoin de partir.

Oh, il s’agit donc de quelque chose de très profondément ancré en toi ?

Oui (rires). C’est difficile pour moi de l’expliquer mais cette façon de vivre en voyageant, sans maison, était quelque chose qui me semblait très romantique et excitant. C’était aussi à de nombreux égards beaucoup plus simple…

Mais aussi sans doute difficile à certains moments ?

Oui. J’y ai appris l’humilité. Cela a été pour moi une façon de grandir spirituellement parlant. Je suis toujours en train d’apprendre sur le sujet.

La question qui se pose aujoud’hui est donc : as-tu atteint ta destination ?

(rires) Non ! Oh mon dieu, non ! Jamais (rires)

C’est le voyage de toute une vie ?

Oui ! Il n’y a pas de fin. Il y a toutefois une leçon que j’ai apprise : voyager peut m’emmener loin, très loin même, cela peut me conduire à l’autre bout du pays voire au-delà, mais  quelque soit le motif qui m’ait poussée à partir, quelques soient les choses ou les personnes que je cherchais à fuir au départ, je ne peux pas au final m’en débarrasser, je porterai toujours ces choses et ces personnes avec moi car elles sont en moi. Et même si bien sûr le voyage est une source d’inspiration incroyable, il ne peut malgré tout pas m’apporter le changement profond que j’ambitionnais au début, aucun lieu materiel ne peut m’apporter cela.

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Y-a-t-il un lieu en particulier qui t’a plus inspirée que les autres ou bien est-ce un cheminement plus global ?

C’est un cheminement progressif et il est toujours en cours !

Et y-a-t-il un lieu en particulier que tu ne connais pas encore et souhaiterais découvrir ?

Absolument ! De nouveaux endroits comme la Grèce ou le Maroc. Et tellement d’autres, oui tellement d’autres ! (rires)

Même si les voyages ont profondément inspiré tes chansons, tu es retournée dans ta ville natale pour enregistrer ton album. Pourqui ce retour aux sources ?

Juste parce qu’il m’apportait l’environnement dont nous avions besoin pour pouvoir totalement nous investir dans le processus. New York est tellement bruyante, la pression y est si forte. Nous avons essayé, nous avons enregistré plusieurs des titres à New York avant de tout supprimer car cela ne correspondait pas à l’esprit de ce que je recherchais. J’avais besoin de beaucoup plus de liberté pour pouvoir me concentrer vraiment et puis il y avait ma famille.

Tu avais besoin de retrouver tes racines ?

Oui ! Je me sentais tellement mieux là-bas. Et puis c’est si agréable de passer du temps avec ma maman et mon papa. Donc je pense que tout cela s’est fait de façon très naturelle finalement.

A l’écoute de tes textes, parce que oui, j’accorde beaucoup d’importance aux textes (rires)…

Moi aussi !

J’ai ressenti un sens profond de la poésie. Je me suis donc demandée si tu écrivais de la poésie à côté de ta musique ou si du moins tu y avais pensé ? Car j’aime vraiment beaucoup la poésie qui se dégage de tes paroles.

Oh merci beaucoup ! A vrai dire, je l’ai fait avant de jouer de la guitare. Ce fut même l’une de mes toutes premières passions.

Cela ne me surprend pas…

Oui (rires). Mais il était difficile pour moi de me projeter assise quelque part en train d’écrire. Pour une raison ou pour une autre, je me suis finalement convaincue moi-même que je ne serais jamais capable de le faire et donc pendant des années je n’ai plus rien écrit. J’aimerais pourtant m’y remettre. Déménager hors de New York dans un endroit plus calme et isolé me permettra peut-être d’y arriver. Je l’espère en tout cas.

Donc tu revendiquerais des influences plus littéraires que musicales ?

Oui sans aucun doute.

Quels sont tes poètes préférés ?

J’aime beaucoup Adrienne Rich, Kenneth Patchen, Frank O’Hara. Voyons, qui d’autres ? J’aime également beaucoup les premières oeuvres de Leonard Cohen, notamment la collection de poèmes qu’il a écrite alors qu’il avait tout juste 20 ans.

Il faut que je les lise !

Oui ! Tu devrais, vraiment ! (rires)

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Je vais le faire, c’est promis ! Revenons à ton album. Le dernier titre est un peu différent des autres morceaux, il n’y a pas de guitare, juste un clavier. Doit-on y voir le signe d’une nouvelle orientation musicale ?

Je pense en effet que sur le prochain disque nous irons davantage dans cette direction car elle m’offre l’opportunité incroyable de mieux explorer ma voix et travailler mon interprétation vocale. Mon attention n’est alors plus écartelée entre le chant d’un côté et le jeu de guitare de l’autre. Je ressens des choses totalement différentes quand je ne fais que chanter. Je me sens bien plus présente et engagée dans l’espace dans lequel je me trouve mais aussi avec les personnes qui m’entourent. C’est une experience réellement excitante et je veux définitivement l’explorer plus en avant. Mais je souhaite aussi toujours continuer à améliorer mon jeu de guitare, alors…

Alors j’ai vraiment hâte d’écouter la suite ! (rires) Quels sont tes projets sinon pour cette année ? De nouvelles tournées ? Un nouveau disque ? De nouveaux voyages ?

Oui, nous serons de retour au Royaume-Uni et en Europe à deux reprises d’ici la fin de l’année…

Paris ?

Oui Paris pour le Pitchfork Avant-Garde !

Vraiment ? Je suis si contente !!! (hug)

Je suis vraiment contente moi aussi ! Nous avons aussi deux tournées américaines puis une tournée australienne en début d’année prochaine. Viendra alors le moment de se concentrer à nouveau sur un nouvel enregistrement.

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Dernière question. J’écoute beaucoup de musique, c’est quelque chose dont j’ai vraiment besoin. Est-ce aussi le cas pour toi ? Que me conseillerais-tu d’écouter ? Quels sont tes derniers coups de coeur musicaux ?

Je n’écoute pas tant de musique que ça. En général seulement quand je conduis ou lorsque j’assiste à des concerts. J’ai récemment participé à un festival en Arizona et là-bas j’ai eu l’opportunité de découvrir une violoncelliste du nom de Kelsey Lu, qui est aussi une incroyable chanteuse. J’y ai vu également un  autre projet, King, ainsi que Weyes Blood que j’aime beaucoup.

J’adore Weyes Blood ! Je suis une grande fan !

Moi aussi !

C’est parfait ! Merci beaucoup Julie !

Merci à toi, c’était vraiment un moment très agréable.


Interview réalisée par Laurence Buisson au Pop-Up du Label le 31 mai 2017

Crédit photos : Jean-Marc FERRE


Pour en savoir plus : http://juliemariebyrne.com/

ou https://juliembyrne.bandcamp.com/album/not-even-happiness

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