Interview de Molly Burch à Paris, le 4 juin 2017

Avec “Please Be Mine”, son premier album aux sonorités délicieusement rétros sorti en février dernier, Molly Burch a réussi un véritable coup de maître qui a recueilli les louanges de la presse spécialisée et est en passe de faire fondre le cœur d’un large public conquis par sa voix divinement jazzy et en tout point exquise. J’ai donc saisi l’occasion de son premier passage en France pour essayer de la rencontrer en personne afin de discuter avec elle de son parcours et de sa musique. Une invitation spontanée immédiatement acceptée par l’adorable jeune femme qui m’a accordé un entretien juste avant son concert à L’Espace B le 4 juin. Un moment vraiment très chaleureux et amical à découvrir ci-dessous. Merci encore pour tout Molly !


Bonjour Molly ! Merci beaucoup de nous accorder un peu de ton temps !

Bonjour ! Merci à toi de prendre le temps de me rencontrer !

Commençons par tes débuts avec la musique. J’ai lu que tu avais baigné dedans toute petite. Est-ce-vrai ? Pourrais-tu nous en dire davantage ?

En fait je n’ai pas grandi avec tant de musique que ça autour de moi. A l’exception de la musique de films car mes parents travaillaient dans l’industrie du cinéma. Mais il est vrai que j’ai évolué dans un environnement très créatif car ils étaient tous les deux dans un milieu artistique. A part ça, je ne me rappelle pas avoir écouté beaucoup de musique à la maison. Je m’y suis vraiment mise en grandissant avec le jazz.

Parce que tes parents écoutaient du jazz ?

Non pas du tout. C’est par un ami que j’ai découvert le jazz. Avec mes parents nous ne regardions ensemble que des films, tout le temps. Mon père jouait du banjo mais cela ne m’a pas marquée plus que cela. Non, avec mes parents nous partagions des moments musicaux devant des comédies musicales mais pas en écoutant de la musique en tant que telle.

Tu évoques le jazz et c’était justement ma seconde question : tu as étudié le jazz vocal à l’université. Pourquoi ce choix ? Je veux dire c’est quelque chose de très spécifique quand même.

(rires) Je suis allée dans une université publique (NDLR : La University of North Carolina, à Asheville) et là-bas seules deux options étaient disponibles : le classique vocal ou le jazz vocal. Pas d’autre choix possible (rires). Je souhaitais étudier la musique car jusque-là je ne l’avais jamais vraiment pratiquée. J’étais beaucoup trop timide pour cela. Je me suis donc poussée à aller dans cette direction pour pouvoir m’améliorer. Et puis bon, je ne souhaitais pas non plus étudier quelque chose de trop compliqué ! (rires)

C’est une bonne raison également ! (rires)

Le jazz me tentait davantage que le classique donc j’ai choisi le jazz ! Et je suis contente de l’avoir fait car cela m’a permis de m’entraîner à me produire devant les autres, ce qui était totalement nouveau pour moi. Ce fut donc une très bonne chose finalement !

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Ta musique trouve ses racines dans la pop et la soul américaines des années 60. Comment se fait-il qu’une jeune femme du nouveau millénaire soit autant attirée par des sons du siècle dernier ?

(rires) A vrai dire, je n’en ai aucune idée ! Mais je ne suis pas la seule je pense. (rires)

Ta musique m’a effectivement fait penser à celle de Natalie Prass qui elle aussi a choisi de sortir des chemins plus conventionnels du folk ou de l’électro-pop.

Oh oui, j’adore Natalie Prass ! En ce qui me concerne, je ne sais pas, j’ai toujours voulu construire ma musique autour de la performance vocale, cela a toujours été le plus important. Et oh oui, j’aime beaucoup la voix de Natalie aussi, je la trouve fascinante !

Oui, Natalie Prass a été le premier nom qui me soit venu à l’esprit en t’écoutant. Je me suis dit : excellent, voilà une jeune femme qui ne veut pas faire la même musique que tout le monde ! J’aime ça !

Cool ! Ça me fait très plaisir que tu dises ça !

A l’écoute de ta musique j’ai également ressenti des empreintes cinématographiques. Peut-être est-ce à cause de tes parents ? Le cinéma a-t-il une influence sur toi ?

Je ne pense pas, en tout cas pas directement lorsque j’écris. Après le cinéma est très probablement inscrit dans mon ADN donc… (rires)

En interviews, tu mentionnes souvent les grandes voix classiques du jazz que sont Nina Simone ou Billie Holliday comme principales influences revendiquées. Qu’en est-il de voix plus contemporaines ? Te sens-tu également inspirée par des voix d’aujourd’hui, qu’elles soient féminines ou masculines ?

Oui complètement ! Il y a Natalie Prass sans aucun doute. J’ai aussi récemment acheté le nouvel album d’Aldous Harding.

Oh mon dieu !

Oui ! Elle est trop cool !

Je l’ai interviewée l’année dernière.

Vraiment ? Waouh ! Elle est tellement incroyable ! Je l’ai découverte très récemment. Nous étions en voiture, sur le chemin du retour après une tournée. Je me suis endormie et j’ai été réveillée par la radio qui diffusait ‘’Imagining My Man’’. J’ai été immédiatement scotchée par cette chanson !

L’as-tu déjà vue sur scène ?

Non pas encore. Mais j’aimerais vraiment beaucoup.

Oh oui tu devrais, crois-moi. Elle est unique sur scène, vraiment unique.

J’adorerais la voir en vrai ! Je ressens également chez elle ce travail majeur sur la performance vocale et cela me fascine.

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Natalie Prass, Aldous Harding, j’aime beaucoup tes choix ! (rires)

(rires) Merci ! (rires) J’aime aussi beaucoup le dernier album d’Angel Olsen, sa voix est incroyable. Et j’aime le disque d’Andy Shauf également.

Ah enfin un homme ! (rires) J’ai également cru comprendre que tu étais au départ davantage intéressée par le chant que par l’écriture. Qu’est-ce qui t’a poussée à finalement écrire ?

Je pense que je ne voulais pas écrire car cela m’effrayait. Je faisais comme un blocage émotionnel avec ça. Puis à l’université j’ai commencé à jouer dans un groupe de folk et cela m’a permis d’apaiser ce sentiment car nous écrivions à plusieurs avec mes meilleurs amis.

Tu chantais ou jouais dans ce groupe ?

Je chantais. Je n’ai jamais vraiment joué d’instrument. Je me suis alors essayée à l’écriture pour la toute première fois et cela m’a aidé à gagner en confiance en moi. Ensuite, j’ai déménagé à Austin, toute seule. Je n’avais donc plus personne pour écrire avec moi. J’avais 23 ans alors (NDLR : Molly en a 26 aujourd’hui)…

Et tu avais certainement des choses à raconter…

Oui ! (rires) L’écriture n’a jamais été une chose évidente pour moi. Je trouvais plus confortable d’interpréter les textes des autres. J’ai vraiment dû faire des efforts sur moi pour y parvenir.

Et maintenant, te sens-tu davantage en confiance ?

Oui totalement !

Tes textes sont très personnels. Il y est beaucoup question d’un jeune homme qui joue sur l’album et fait partie de ton groupe. N’est-ce pas un peu bizarre de partager ces choses intimes devant des inconnus tous les soirs, sachant que la personne qui a inspiré ces chansons les joue précisément à tes côtés au même moment ?

(rires) Je n’y pense pas ! (rires) Les chansons qui le concernent ont été écrites il y a trois ans déjà…

Ah cela fait donc un certain temps !

Oui ! Nous sommes ensemble et les jouons donc tous les deux depuis longtemps maintenant.

C’est un peu comme la routine ?

(rires) Oui, exactement ! Il n’y fait plus attention non plus. C’est juste le boulot tu sais ! (rires) Je pense qu’au tout début, oui j’étais beaucoup plus émotionnelle sur le sujet. Mais depuis qu’il m’a rejointe à Austin et que nous avons commencé à jouer ensemble, tout cela s’est normalisé au fil du temps. 

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J’ai lu que tu avais enregistré l’album en une journée. Est-ce vrai ?

Oui !

Etait-ce quelque chose de planifié ?

J’étais fauchée (rires) Et je suis toujours fauchée d’ailleurs (rires)

Bienvenue dans le monde merveilleux de la musique ! (rires)

Oui ! (rires) J’avais économisé une petite somme d’argent, je devais faire avec (rires) Et je voulais vraiment enregistrer dans les conditions du live. L’ensemble a pris 2 jours et demi mais l’enregistrement à proprement parler s’est fait sur une journée. Nous l’avons fait avec Dan Duszynski qui joue dans un groupe génial qui s’appelle Cross Record.

Oh oui, je les connais ! Ils ont ouvert pour Shearwater à Paris !

Oui ! Je les adore ! Lui et Emily sont supers ! Il a un studio. Nous sommes amis, je voulais vraiment enregistrer avec lui mais le paiement se faisait à l’heure donc le temps était compté.

Mais tu l’as fait ! Bravo !

Merci beaucoup !

Le résultat est vraiment excellent. Surtout pour un premier album !

Oh merci beaucoup !

Et puis tu a été signée par un label indépendant reconnu, Captured Tracks, avant même d’avoir sorti l’album. C’est impressionnant. Comme cela s’est-il passé ?

Oh et bien nous avons donc fait l’album en deux jours et quelque puis nous l’avons masterisé et envoyé sous forme de démo à plusieurs labels, comme ça, en aveugle. J’essayais, je n’avais rien à perdre.

Et ils ont aimé !

Oui ! Ils m’ont répondu super vite, c’est fou !

Ce label travaille avec des artistes de talent : Mourn, Chris Cohen, Gabriella Cohen…

Oui j’adore Gabriella Cohen !

Widowspeak, DIIV, Mac DeMarco. Ils ont un catalogue très éclectique et de qualité ! C’est une bonne chose !

Oui, j’ai de la chance ! Je ne connaissais d’ailleurs pas tous leurs artistes avant de les rejoindre. Ils sont à fond derrière moi. Ils me laissent m’affirmer comme l’artiste que je souhaite être et me soutiennent tout le temps dans mes choix.

Tu as donc ton entière liberté.

Oui, c’est quelque chose de tellement appréciable !

Et de précieux !

Oui, je sais !

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Revenons à toi. Los Angeles. Asheville. Austin. Voici les trois villes qui ont marqué ton histoire. Laquelle de ces villes a eu l’impact le plus important sur ton choix de vie ?

Je pense qu’elles ont toutes les trois joué un rôle. A des périodes différentes de ma vie bien sûr. J’ai également passé une année après le lycée dans une université près de New York, Sarah Lawrence. C’est là que j’ai commencé à réellement envisager la musique de façon sérieuse. Et puis à Austin aussi.

Donc New York est peut-être la ville la plus déterminante, le point de départ ?

(rires) Je ne sais pas…

Asheville alors ?

Oui sans doute et Austin inévitablement. 

Aujourd’hui tu joues à Paris pour la toute première fois et tu réalises actuellement ta toute première tournée en tête d’affiche en Europe. Comment te sens-tu ?

C’est ma toute première tournée en tête d’affiche tout court !!! Je suis tellement excitée ! Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en arrivant.

Et le public a finalement été au rendez-vous !

Oui ! (rires) Nous arrivons de Bruxelles, c’était un concert tellement agréable. J’aime tous ces lieux où nous jouons. C’est une tournée très intimiste, à deux (NDLR : Molly Burch et son compagnon Dailey Toliver). Les gens sont partout hyper attentifs. J’étais si nerveuse au début ne sachant pas trop comment les choses allaient se passer. Tout était tellement nouveau pour moi. Et au final, nous nous amusons énormément ! Nous sommes vraiment très reconnaissants !

Un concert préféré jusqu’à présent ?

Euh, je dirais Londres et Bruxelles.

Un concert que tu attends avec impatience ?

Ce soir ! (rires)

Excellent car je reste pour le concert tu sais ! (rires)

(rires) Merci beaucoup !

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Et quels sont tes plans pour 2017 ?

Nous allons un peu tourner avec Lucy Dacus aux Etats-Unis, elle a l’air super !

Elle l’est ! Je l’aime beaucoup !

Nous allons également revenir en Europe avec tout le groupe en septembre.

Vraiment ?

Oui mais je ne pense pas que nous repasserons par Paris…

Quoi ? Pourquoi ?

(rires) Nous irons en Norvège, au Danemark. Nous passerons en France à Dunkerque et à Lyon mais malheureusement pas à Paris…

Ce n’est pas juste !

(rires) Je sais !

Je vais officiellement me plaindre auprès de ton tourneur !

(rires)

Des projets de nouvel album ou bien est-ce peut-être encore un peu trop tôt ?

Oui c’est un peu tôt. Je souhaite vraiment me concentrer sur la tournée.

As-tu commencé à écrire ?

Oui un petit peu, mais je veux vraiment d’abord tourner autant que possible.

Tu as raison ! Il faut profiter du présent !

(rires) Tout à fait !

Dernière question : comme je te l’ai dit, je suis une grande fan de musique. Aurais-tu des recommandations à nous faire ? Quels sont tes derniers coups de cœur musicaux ?

Il y a Aldous Harding bien sûr. Sinon, tu connais certainement le label de Natalie Prass, Spacebomb ? Ils vont sortir l’album d’une autre jeune femme, Bedouine, dont quelques titres sont déjà disponibles. Elle est incroyable, c’est très intense, j’aime vraiment beaucoup !

Excellent ! Je vais aller l’écouter ! Voilà c’est tout. Merci beaucoup Molly !

Merci à toi ! Vraiment !


Interview réalisée par Laurence Buisson à L’Espace B le 4 juin 2017

Crédit photos : Jean-Marc FERRE


Pour en savoir plus : http://www.mollyburchmusic.com/ ou https://www.facebook.com/mollyburchmusic/

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