Life After Youth – Land of Talk [Saddle Creek]

Yes you were / You were on my mind / (…) / I can’t leave you behind / Made my way, understand me / (…) / Some things never change”. C’est sur ces mots sincères et touchants qu’après sept bien trop longues années de silence, Elizabeth Powell, pilier de Land of Talk, nous accueille en ouverture de son irrésistible nouvel album, Life After Youth. On ne pouvait rêver retrouvailles plus chaleureuses et émouvantes avec un groupe qui a su si joliment marquer nos oreilles et nos cœurs il y a près de dix ans déjà.

Apparu au milieu des années 2000 aux côtés de quelques autres super-héros de la scène pop-rock indépendante montréalaise comme Arcade Fire ou Wolf Parade, Land of Talk nous avait en effet alors offert deux très beaux disques en l’espace de deux ans seulement : le brut et épuré “Some Are Lakes” en 2008 produit par Justin Vernon (Bon Iver) puis en 2010 le délicieusement sonore “Cloak and Cipher”, un disque riche des participations de Patrick Watson et de membres de Stars, Arcade Fire, A Silver Mt. Zion ou encore The Besnard Lakes et nommé au prestigieux Polaris Music Prize en tant que meilleur album de l’année. Mais alors que tout semblait sourire à ce groupe si séduisant et attachant, les aléas de la vie ont malheureusement frappé : la fatigue des tournées incessantes, la perte de l’ensemble des titres d’un nouvel album suite à un crash de disque dur et enfin l’attaque cérébrale subie par le père d’Elizabeth ont ainsi marqué un coup d’arrêt brutal et soudain à la carrière prometteuse des canadiens. L’annonce inespérée de leur retour fut donc une heureuse nouvelle, suscitant une excitation certaine et bien sûr une grande attente !

Et quel retour ! Loin de simplement reprendre les choses là où elles les avaient laissées, Elizabeth, aujourd’hui âgée de 31 ans, revient vers nous riche de ses expériences et d’une mâturité acquise sous les mauvais coups que le destin parfois nous réserve. Et c’est avec une insatiable envie de vivre et d’avancer qu’elle nous lance “I don’t wanna waste it this time / And see fate as the end of me / I don’t wanna waste it, my life / And know it was in front of me” sur l’entêtant et bouleversant second morceau “This Time”. Sous sa plume sincère et poétique, Land of Talk nous offre ainsi un magnifique album de résistance et de renaissance. Un disque profondément autobiographique nourri des épreuves du passé mais aussi résolument tourné vers l’avenir, un disque où l’espoir et la lumière prennent finalement le dessus sur la mélancolie. “Pick me, pick me, and I’m still in love with life” lance la jeune femme sur “World Made” avant de confier “If it wasn’t for this life, I would leave it / But oh I’d miss the sky and the sea” sur le touchant “Macabre”. Loin de tout optimisme naïf, Elizabeth fait le choix d’aller de l’avant tout en affrontant courageusement ses blessures et ses peurs : “It’s gonna get worse / (…) / I’ve been living like I’m locked up / I can see the midnight skies / Sometimes love it would sustain you / Only if you’re on my side / (…) / Life’s not long why don’t you live it?” (“Loving”). Profondément marquée par la maladie de son père, la chanteuse utilise également ses mots pour lui déclarer toute son affection : “Together we rock, together we roll / (…) / Together we laugh, the memory low / Finding ourselves, the phases were slow / (…) / The body’s still wasted / I made it, it started, I can’t stop it oh no / I will wait for you to call me out” (“This Time”) ou plus loin “Take care of me / (…) / The way you hold me brings me back / (…) / Feeling here is free” (“Inner Lover”). Et nous offre au passage quelques-uns des textes les plus émouvants entendus cette année. Des textes divinement portés par l’irrésistible voix de leur auteur. Une voix magnifique, parfois fragile, mais toujours aussi incroyablement remplie d’âme et de cœur. Une voix intense et captivante, capable d’une puissance émotionnelle rare.

Intense, envoûtant, lumineux, Life After Youth l’est aussi au travers de sa musique. Un son ici plus riche et travaillé que par le passé grâce notamment aux contributions de quelques invités de marque : l’amie de longue date Sharon Van Etten venue prêter main forte à l’écriture et aux chœurs sur trois morceaux (“This Time“, “Loving“ et “Heartcore“), Steve Shelley (Sonic Youth) à la batterie, Sal Maida (Roxy Music/Sparks) à la basse, John Agnello (Dinosaur Jr., Kurt Vile) et Jace Lacek (The Besnard Lakes) à l’enregistrement et à la production. Une équipe de choc réunie sous le signe de l’amitié. “L’album est le produit d’une grande chaîne de l’amitié et de tous ces magnifiques petits moments d’échange survenus durant sa conception” confie Elizabeth avant de poursuivre “Dans le passé, j’étais plutôt défaitiste ou tout du moins fataliste. Mais aujourd’hui je sais que si tu le veux vraiment, tu peux tout surmonter. En revanche tu ne peux pas y arriver seule, tu as besoin d’une communauté autour de toi. L’amitié et la musique m’ont sauvé la vie des centaines de fois et c’est la même chose pour presque toutes les personnes que je connais”. Le résultat ? Des mélodies pop-rock imparables servies par une instrumentation qui s’étoffe grâce aux claviers venus apporter un contrepoids impeccablement dosé aux guitares et à la batterie. Inspirée, la bande n’hésite d’ailleurs pas à aller explorer de nouveaux chemins plus expérimentaux comme sur le superbement envoûtant “Inner Love” construit autour de notes synthétiques hypnotiques et de guitare distordue. Sans doute le morceau le plus audacieux et captivant de l’album. Fidèles à l’identité musicale du groupe, les musiciens manient également toujours aussi bien les ruptures de rythmes, à l’image de “World Made” qui enchaîne admirablement accélérations et ralentissements jusqu’à un final complètement débridé, “Yes You Were” et son énergie brute traversée de coups de riffs impétueux, ou encore “Spiritual Intimidation” qui, après un démarrage tout en douceur, active la cadence avant de calmer à nouveau le jeu pour finalement exploser dans un ultime bouquet sonore de boucles virevoltantes et de guitares. Irrésistible.

Rappelant ses talentueux compagnons de label Big Thief, Land of Talk nous offre avec Life After Youth un troisième album profondément humain, cathartique et lumineux. Un disque à l’énergie brute et flamboyante mais aussi une incroyable leçon de vie et de courage qui ne pourra laisser personne indifférent. Formulons donc ici le vœu de ne pas devoir attendre sept nouvelles longues années pour pouvoir en savourer la suite !

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur une incroyable session de La Blogothèque filmée sur un arbre (oui oui) il y a (ohlala) 7 ans déjà !


Date de parution de l’album : 19 mai 2017

Pour en savoir plus : https://landoftalk.bandcamp.com/ ou https://www.facebook.com/landoftalk/

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