Shitty Hits – Katie Von Schleicher [Ba Da Bing Records / Full Time Hobby]

Un nom quasiment impossible à prononcer. Un titre anti-glamour à souhait. Et pourtant, pourtant il serait bien dommage de passer à côté du nouvel album de Katie Von Schleicher, le riche et captivant Shitty Hits, sorti il y a quelques jours à peine. Car voici sans aucun doute l’une des plus belles révélations musicales de cette année 2017.

Katie Von Schleicher. Derrière ce nom à consonnance très germanique se cache en fait une vraie américaine de 30 ans. Originaire du sud de Baltimore dans le Maryland, la jeune femme se passionne tôt pour la musique et c’est donc tout naturellement qu’elle choisit d’étudier au prestigieux Berklee College Of Music de Boston. Une fois diplômée, elle rejoint au chant et aux claviers le goupe Wilder Maker (dont, soit dit en passant, l’écoute est plus que recommandée). Une opportunité de stage chez Ba Da Bing Records la conduit ensuite à Brooklyn où le patron du label l’amène à écrire son premier opus sous son propre nom, le très lo-fi mais oh combien réussi “Bleaksploitation” paru en 2015. Un premier effort décisif dont la suite, Shitty Hits, tout en conservant l’esprit DIY de son prédécesseur, s’aventure sur des chemins sensiblement plus riches et révèle une auteur-compositrice-interprète accomplie avec laquelle il faudra désormais compter.

Fine plume, Katie possède en effet un sens de l’écriture aiguisé qu’elle met au service de textes introspectifs et profondément émouvants. Des textes personnels où elle dialogue avec elle-même et affronte sans fausse pudeur et avec beaucoup d’autodérision ses angoisses et ses faiblesses, ses défauts et ses désillusions dans le seul but d’avancer et de s’améliorer. “I can’t tell you how I feel / It runs and runs together / I’m standing beneath it”, chante-t-elle ainsi sur le titre d’ouverture “The Image”, avant de confesser “Everyday I’m looking in the mirror / I know it’s wrong / But I can’t stop / (…) / Did I tell you I tried to be kind / To be better, believe me” sur “Midsummer”. L’américaine nous offre ici un touchant voyage à travers ses émotions les plus intimes, de la peur de la solitude aux sentiments de doute, de médiocrité ou encore d’impuissance, pour au final dévoiler une humanité bouleversante de sincérité : “I want to do something nice for you / Like holding your hand while you’re sleeping / But I can’t shake the thought that burns in me / I’m alone / I’m alone / I’m alone man” (“Life’s A Lie”). Le chemin vers la confiance en soi est à ce prix : “Where is everything I hold to be true? / When you feel like you’re a door they’re knocking on / Or worse, that no one passes through / Do I hold my life? / No one’s gonna sell it back / Over my head” (“Sell It Back”). La satisfaction éprouvée en fin de parcours est alors bien légitime : “Je peux sembler vulnérable lorque je demande “Do I hold my life?” mais ces paroles sont en réalité la preuve d’une confiance en moi que j’ai cherchée puis finalement trouvée tout au long de l’écriture de cet album, une confiance qui me guidera vers le prochain disque”, explique la jeune femme en interview.

Cette quête vers l’affirmation de soi est également merveilleusement portée par la voix de l’américaine. Une voix chaude et expressive à mi-chemin entre celles d’Angel Olsen et de Sharon Van Etten. Une voix dont la puissance émotionnelle contenue est capable de bien jolies nuances, se faisant ici douce et fragile (“Mary”), là aérienne et éthérée (“Sell It Back”), plus loin fière et puissante (“Going Down”). A l’image de la musique de l’album qu’elle sert à la perfection. Entre pop délicieusement barrée et fulgurances rock inspirées, cette dernière révèle en effet une compositrice de talent capable des expérimentations les plus audacieuses sans jamais perdre le fil conducteur de ses mélodies. Une richesse qui se dévoile un peu plus à chaque écoute et donne au disque une identité sonore unique. Des accords de guitare torturés et distordus de “Nothing” aux notes ensoleillées et joliment vintage de “Life’s A Lie”, en passant par le calme et la douceur de “Soon”, Katie varie en permanence le ton et les couleurs pour un rendu final complètement irrésistible (“Paranoia”) et s’autorise au passage des experiences hors des entiers battus particulièrement réussies (“Sell it Back”). Une prise de risque clairement revendiquée par la jeune femme : “Travailler pour Ba Da Bing Records m’a poussée encore plus qu’avant à vouloir expérimenter en permanence. Il y a tant d’artistes qui essaient de faire de la musique et tellement peu d’originalité en fin de compte. (…) Prendre conscience de cela m’a aidé à m’ouvrir à des perspectives plus bizarres, mes propres perspectives, sans aucune réserve et sans aucun remords.”

Alliant à la perfection vulnérabilité du propos et assurance dans l’écriture musicale, mélodies immédiates et expérimentations ambitieuses, Katie Von Schleicher nous offre avec Shitty Hits un album complètement captivant, parfois mélancolique mais toujours rempli d’autodérision et gorgé d’humour. Un disque qui parlera inévitablement aux fans de Cate Le Bon, Eleanor Friedberger ou encore Aimee Mann et qui surtout révèle une artiste attachante et réellement fascinante. Une magicienne des sons et des mots, capable de transformer la mélasse du quotidien en petites pépites musicales irrésistiblement lumineuses. Voilà donc définitivement un nom à retenir !

Lolo from Paris

Bonus : Extrait filmé par moi-même du bien joli concert donné par Katie en première partie d’Aldous Harding en mai dernier à Amsterdam


Date de parution de l’album : 28 juillet 2017

Pour en savoir plus : https://www.k-v-s.net/ ou https://www.facebook.com/KatieVonSchleicher/

 

 

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