Turn Out The Lights – Julien Baker [Matador Records]

Après un premier album révélation paru en 2015, le déchirant Sprained Ankle chroniqué ici-même, une tournée aux Etats-Unis, en Europe et même en Australie, des premières parties pour Conor Oberst, Paramore, The Decemberists, Belle and Sebastian ou encore The National, Julien Baker nous présente cet automne son très attendu second opus, Turn Out The Lights. Un disque incroyablement beau et intense qui vient définitivement imposer son auteur-compositrice-interprète comme l’une des très grandes songwriters de sa génération.

Désormais signée chez Matador Records, Julien n’a en effet rien sacrifié de l’authenticité si pure et bouleversante de son premier album aux nouveaux moyens mis à sa disposition. Si la jeune femme originaire de Memphis a réalisé un rêve d’enfant en enregistrant dans les légendaires Ardent Studios (studios dirigés par le batteur de Big Star, Jody Stephens), elle a aussi décidé de rester seule aux commandes de la production de son œuvre. Un choix volontariste qui lui permet de préserver l’âme de sa musique tout en l’enrichissant d’une aide extérieure inédite, ici grâce aux collaborations d’une violoniste (Camille Faulkner), d’un joueur de cuivres (Cameron Boucher) et d’un choriste (son ancien partenaire dans le groupe punk Forrister, Matthew Gilliam), là en confiant le mixage à Craig Silvey (The National, Arcade Fire). Une façon d’élargir ses horizons sonores et de donner plus de profondeur à ses compositions tout en restant fidèle au caractère intrinsèquement personnel et sensible de ses morceaux.

Et de fait, Julien poursuit ici l’impressionnant travail d’introspection commencé il y a deux ans en affrontant de façon toujours aussi directe et poignante ses doutes permanents et ses peurs les plus profondes, ses tendances dépressives aussi. Sans concession aucune à l’égard de sa propre personne et refusant toute facilité sur le chemin de la sincérité, elle n’hésite pas à parler d’elle-même en des termes durs, voire crus, dans une mise à nu une nouvelle fois déchirante : « I know you do better when you’re by yourself / free from the weight of my dirt poor health / (…) You’re everything I want and I’m all you dread » (« Sour Breath ») – « I’m an amputee with a phantom touch / leaning on an invisible crutch / pinned to the mattress like an insect to styrofoam » (« Televangelist ») – « If I could do what I want / I would become an electrician (…) and I would re-arrange the wires in my brain » (« Happy To Be Here ») – « I know that I’m evil » (« Even »). Seule face à ses démons intérieurs (« I just wanted to go to sleep but when I turn out the lights there’s no one left between myself and me » – « Turn Out The Lights »), la jeune femme tente alors désespérément de rester debout coûte que coûte en s’accrochant comme elle peut à l’amour de l’être aimé (« So tell me you love me / tell me you loved me / I wanted so bad to believe you » – « Shadowboxing »).

Une décharge émotionnelle continue impeccablement servie par l’instrumentation qui fait nouveau accorde, à côté de la guitare, une place de choix au piano, mais s’ouvre également au violon et aux cuivres. Des apports toujours parfaitement dosés qui nourrissent l’émotion intense véhiculée par les mots sans pour autant remettre en cause l’harmonie épurée de l’ensemble dont l’élément central est et reste la voix de Julien. Une voix expressive et incroyablement puissante qui bascule de la douceur la plus totale à une intensité extrême en l’espace d’une seule seconde. Comme sur le final bouleversant de « Sour Breath », l’un des plus beaux titres de l’album, et sa punchline inoubliable « The harder I swim, the faster I sink« . Frissons garantis.

Aussi sombre et émouvant soit-il, le disque ne bascule cependant jamais dans le pathos et c’est bien là que réside toute sa force salvatrice. En refusant le confort de la passivité (« There’s a comfort in failure, singing to loud in church, screaming my fears into speakers » – « Shadowboxing »), Julien nous invite en effet à regarder nos faiblesses et nos échecs non comme des éléments inéluctables mais plutôt comme des opportunités pour continuer à avancer. Affichant une foi obstinée, quasi viscérale même, en l’avenir (« Maybe it’s all gonna turn out alright / I know that its not / but I have to believe that it is » – « Appointments »), elle se nourrit du soutien inconditionnel de ses proches, auxquels elle rend ici un hommage vibrant et réellement touchant (« This year I started wearing safety belts when I’m driving / because when I’m with you I don’t have to think about myself and it hurts less » – « Hurt Less »), tout en s’appuyant sur sa foi personnelle, une piété qui fait écho à ses racines sudistes et donne à ses textes une dimension métaphysique poignante (« Claws In Your Back »).

« La musique, c’est ma façon primaire de gérer mes émotions, particulièrement les plus négatives », confie la jeune femme en interview, avant de poursuivre « Les chansons tristes aident à se sentir mieux ». Non sans rappeler les âmes écorchées de Cat Power ou bien encore Elliott Smith, Julien Baker nous offre à 22 ans un album intense et sincère, intime et profondément humain. Une magistrale leçon de songwriting mais aussi de vie par un petit bout de femme décidément phénoménal. Chapeau bas !

Lolo from Paris

Bonus : Extrait live du nouvel album en piano-voix-violon. Irrésistible !


Date de parution de l’album : 27 octobre  2017

Pour en savoir plus : http://julienbaker.com/ ou https://www.facebook.com/julienrbaker/


En concert aux Etoiles, à Paris, le 13 novembre 2017

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lebrun dit :

    Hello LolofromParis,

    Ou est ce qu’on peux te contacter pour t’envoyer du son? 🙂

    J'aime

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