Phases – Angel Olsen [Jagjaguwar]

“Pour moi, c’est un peu comme si mon journal intime avait été volé puis publié, mais cela ne me gêne pas, je n’ai rien à cacher.’’ C’est avec ces mots malicieux et directs qu’Angel Olsen présente elle-même son nouvel album, Phases, sorti début novembre. Un quatrième opus en apparence déroutant du fait de son format éclectique regroupant démos, reprises, raretés et inédits, écrits, composés et enregistrés entre 2012 et 2017. Un disque au final intense et magnifique qui nous offre l’occasion unique de nous replonger dans le parcours musical d’une artiste hors norme, devenue en quelques années seulement une figure incontournable de la scène indépendante américaine.

Du folk brut et mélancolique de son premier EP “Strange Cacti’’ publié en 2010 à l’indie rock électrifié et teinté de soul de “My Woman’’, son troisième album et plus grand succès public à date paru en 2016, la trentenaire a de fait constamment refusé de se cantonner à un seul style musical pour toujours suivre ses envies et inspirations du moment. Un voyage au long cours sur lequel la jeune femme a décidé de se pencher, le temps d’une pause bienvenue au cœur d’une vie artistique trépidante : “Quand tu es en déplacement, quand tu travailles et que tu dois repartir très vite, c’est tellement difficile de prendre un moment pour se rendre compte de ce qu’il se passe. C’est déjà assez compliqué de le faire quand tu ne voyages pas !’’, confie-t-elle ainsi en interview. 

Le résultat ? Une plongée enchanteresse dans l’univers d’une auteur-compositrice-interprète au talent rare qui transforme en or tous les styles qu’elle visite : des parfaites ballades folk “Endless Road’’, “May As Well’’ ou encore “All Right Now’’, au rock fiévreux de “Sweet Dreams’’, en passant par la douce country de “California’’, l’irrésistible pop 60’s de “For You’’ et le superbement velvetien “Special’’, sommet de l’album avec ses 7 minutes 21 ensorcelantes, chaque morceau ici sonne juste et totalement à sa place.

Intime et introspectif, spontané et fragile, brut et intense, Phases brille en effet par l’alchimie subtile qui unit le dépouillement de sa production à la sophistication de son contenu tant mélodique que lyrique. Douée d’un vrai sens de l’écriture, Angel distille comme personne le doux-amer et la mélancolie dans des textes finement ciselés : “I’m always arriving when you say farewell’’ (“May As Well’’) – “I’m feeling kind of tired but I know it’s for the best / Even when you’re dreaming, you’re not getting any rest (…) / Time moves so strangely when you’re moving all the time’’ (“Sans’’). Femme moderne pleinement actrice de son destin, elle sait aussi fièrement s’affirmer : “I found a feeling inside / Or should I say it found me / I turned into someone I never Imagined I’d be’’ (“Fly On Your Wall’’) – “I love you most when I first found love in myself’’ (“Sweet Dreams’’), n’hésitant pas à faire sienne les mots du Boss Bruce Springsteen dans sa bouleversante reprise de “Tougher Than The Rest’’ : “Well if you’re rough and ready for love / Honey, I’m tougher than the rest’’.

Des paroles magnifiquement portées par la voix de la chanteuse : une voix toujours aussi incroyable et magnétique, puissante et pénétrante, qui en constituant le socle du disque lui donne également sa cohérence d’ensemble. Une voix intemporelle et gorgée d’émotions dont la beauté irradiante est particulièrement saisissante sur les morceaux les plus épurés de l’album, à l’image de la démo brute “Sans’’ qui possède la magie unique des premières fois. “J’aime bien l’intimité qui se dégage des démos et de ces performances en solo. C’est extrêmement dur de reproduire la même intention qu’une démo, car la première fois qu’on la joue, on est très excité et il y a cette aura si unique’’, commente d’ailleurs la jeune femme. Frissons garantis.

“Il n’y a pas plus punk que d’oser ce qu’on n’attend pas de vous’’, aime à plaisanter Angel Olsen en revendiquant la prise de risques permanente. La fenêtre ouverte par le somptueux Phases sur l’extraordinaire début de carrière de l’américaine nous laisse incontestablement présager du meilleur quant à l’avenir. Il nous offre également le plaisir incroyable de pouvoir (re)découvrir une artiste au talent rare. Indispensable.

Lolo from Paris

Bonus : Version live toute en émotion du très beau titre épuré “Sans’’


Date de parution de l’album : 10 novembre 2017

Pour en savoir plus : https://angelolsen.com/ ou https://www.facebook.com/angelolsenmusic/

 

 

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