(It was) because I was in love – Sharon Van Etten [Language of Stone / Vinyl Me, Please]

Comme beaucoup, j’ai découvert Sharon Van Etten au début de l’année 2012 à l’occasion de la sortie de son second album, le superbe « Tramp ». Un disque qui en touchant instantanément mon cœur et mon âme a durablement marqué mon rapport à la musique et aux artistes qui font la musique. Un disque essentiel qui m’avait alors naturellement menée vers ses deux prédécesseurs, l’excellent EP « Epic » (2010) mais aussi et surtout le somptueux premier long format de l’artiste, « Because I was in love ». Initialement sorti en 2009, ce dernier fait aujourd’hui l’objet d’une réédition spéciale agrémentée de deux titres bonus issus d’un 45 tours paru la même année et baptisée (It was) because I was in love. L’occasion unique pour moi de venir enfin chroniquer ce bijou folk intemporel à la beauté tout à la fois irradiante et bouleversante.

Loin d’altérer la grâce originelle de l’œuvre, le travail subtil réalisé sur cette réédition par Craig Silvey au mixage et Joe Lambert à la masterisation nous permet en effet d’en redécouvrir toute la pureté et la force émotionnelle pour nous y replonger de la façon la plus éclatante qui soit. Impeccablement mise en valeur, la combinaison voix – guitare – textes, qui constitue l’essence même du disque, dévoile ici toute sa splendeur. D’un minimalisme absolu, la production sert à merveille l’humanité du propos. Profondément autobiographiques mais à portée universelle, les textes écrits suite à une douloureuse rupture avec un partenaire abusif, révèlent à l’auditeur bouleversé par tant de sincérité, un talent rare pour l’écriture. La vulnérabilité y côtoie le doute et la confusion sans fausse pudeur : « I wish I knew what to do / But the truth is / I ain’t got a clue », nous annonce ainsi Sharon en ouverture de l’album. Avant de poursuivre : « I hate to admit it, but I don’t know shit / And neither do you ». Et si l’amour perdu y est évoqué de façon profondément poétique (« My toe hit your toe lightly / Your toe met my heel right back / And I don’t think I need much more than that »), les mots sont ceux d’une jeune femme déterminée à s’affirmer malgré la peine ressentie : « Please don’t take me lightly » nous prévient-elle ainsi. Tandis que le sommet du disque est atteint sur le superbe « Tornado » qui contient sans aucun doute les plus beaux vers jamais écrits par l’américaine : « I’m a tornado / You are the dust / You’re all around and you’re inside / (…) / You were the reason I was a force / (…) / You are the nature, I’m the roar / That comes from you / (…) / I’m a tornado / You are the fences that will fall but still surround me ». Magique.

S’affranchissant du format classique couplet/refrain, l’artiste fait volontairement le choix d’une écriture libre et organique à la façon d’un journal intime, en symbiose parfaite avec l’intimité du propos. Une intimité impeccablement servie par l’épure de l’orchestration. Autour de la guitare, seules quelques touches de percussions et notes de claviers sont subtilement ajoutées, afin de souligner le sens inné de la mélodie que possède la compositrice et dont le morceau « I Wish I Knew » est l’une des plus belles illustrations. L’ensemble constitue un écrin précieux pour le véritable trésor de l’album, la voix de la chanteuse. Une voix expressive, douce et enveloppante qui porte à la perfection toute la fragilité émotionnelle des textes grâce à son vibrato unique. Une voix qui se suffit à elle-même comme sur le morceau « Holding Out » où l’artiste répète a cappella entre deux notes de guitares « I’ll be holding out for you ». Une voix à fleur de peau au pouvoir d’addiction irrésistible, surtout lorsqu’elle vient se démultiplier grâce à des harmonies vocales belles à en pleurer (« I Fold », « Tornado », « Much More Than That », « Keep »).

En transformant de façon incroyable l’intime en universel, Sharon Van Etten crée avec l’auditeur un lien unique d’une intensité rare. Et si, de façon tout à fait naturelle, l’artiste évoluera par la suite en montant un peu le son et en l’enrichissant aussi (l’écoute des successeurs « Epic », « Tramp » puis « Are We There » et « I Don’t Want to Let You Down » est plus que recommandée), ce premier album reste le point de départ remarquable de son œuvre, un diamant brut à la beauté intemporelle qui occupera à jamais une place à part dans mon cœur musical, et je l’espère également dans le vôtre.

Lolo from Paris

Bonus : Version live et émouvante de deux très beaux titres de l’album


Date de parution de l’album : 17 novembre 2017

Pour en savoir plus : https://www.sharonvanetten.com/

ou https://www.facebook.com/SharonVanEttenMusic/

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