I Need to Start a Garden – Haley Heynderickx [Mama Bird Recording Co.]

Chaque année, à l’arrivée du printemps, ressurgit cette même envie irrésistible de soleil et de plein air, cette soif de respirer à nouveau tout en délivrant nos corps et nos esprits engourdis par de longs mois d’hiver. Un besoin compulsif auquel I Need to Start a Garden, le magnifique premier album d’Haley Heynderickx, jeune américaine de Portland, Oregon, vient délicieusement répondre en nous proposant de nous libérer à l’aide du… jardinage : “I’m tired of my mind getting heavy with mold / I need to start a garden” (“Oom Sha La La”).

Une invitation peu banale qui se transforme en un voyage initiatique des plus exquis sur les terres ensoleillées d’une jolie folk parfumée de pop sucrée, orchestrale, et même épique. Des harmonies délicates de “No Face” ou “Untitled God Song” aux riffs énervés de “Worth It”, en passant par la mini symphonie décalée de “The Bug Collector”, le piano dramatique de “Show You A Body”, ou encore le doo-woop addictif de “Oom Sha La La”, tout ici n’est que grâce et volupté. Révélant un talent certain pour la composition de mélodies immédiatement envoûtantes, Haley captive l’auditeur par le charme des différents styles qu’elle traverse et affiche une maîtrise de son art rare pour son âge. Savamment construite autour d’un jeu de guitare expert, l’orchestration convie ainsi cordes, piano et cuivres au gré des humeurs et de l’imagination délicieusement espiègle de sa créatrice.

Une imagination qui imprègne également profondément les textes de la jeune femme dont la plume saisit de façon incroyablement touchante et poétique les détails du quotidien pour en extraire une humanité bouleversante de sincérité. Et si, comme le suggère le titre de l’album, les métaphores liées à la nature sont omniprésentes, c’est pour mieux illustrer le cycle de la vie et le long travail qu’il faut nécessairement accomplir sur soi-même pour trouver la sérénité. Une quête dont “Oom Sha La La”, l’une des pièces centrales du disque, se fait le porte-voix impérieux avec son incantation “I need to start a garden”. Faisant le pari de l’humour pour parler de choses sérieuses, Haley nous régale de ses mots malicieux et bucoliques avec un sens aiguisé de l’écriture. Elle évoque ainsi l’amour sous les traits de drôles d’insectes (“There’s a centipede naked in your bedroom / (…) / There’s a praying mantis prancing in your bathtub / (…) / And there’s a millipede angry on your carpet / And I digress / Cause I must make you the perfect morning / I try my best” – “The Bug Collector”), voit dans l’amitié un jardin soigneusement cultivé (“And you tended your garden / Like heaven and hell / And you built the birds’ houses / To see if it helped at all / (…) / And I still watch the fig tree / You planted all grow / And its fruit is the sweetest / That I’ve ever known” – “Jo”), et incarne son besoin de spiritualité dans, oh joie, un dieu féminin à la fois sensuel et passionné de mode (“Maybe my god has a trot in her walk / And her coach bags are knockoff / Her shoes are all dressed up / And she spins me around like a marionette / (…) / Or maybe my god has thick hips and big lips” – “Untitled God Song”). Irrésistible !

Pour porter ses chansons dont elle compare le caractère intime à des tatouages, Haley utilise en plus de sa guitare un second instrument profondément unique et personnel : sa voix. Une voix incroyable, parfois douce et aimante, à d’autres moments puissante et rageuse. Une voix fascinante qui frôle le sublime sur le sommet de l’album, “Worth It”, et ses presque huit minutes épiques d’affirmation de soi où la jeune femme lance de toutes ses forces : “Maybe I, maybe I’ve been selfish / Maybe I, maybe I’ve been selfless / Maybe I, maybe I’ve been worthless / Maybe I, maybe I’ve been worth it”. Frissons garantis.

Alliant le lyrisme pastoral de Vashti Bunyan à l’interprétation bouleversante et intense d’Angel Olsen, Haley Heyndericks réussit avec son premier album un véritable coup de maître dont la force et la spontanéité éblouissent. La NPR (National Public Radio) américaine ne s’y est d’ailleurs pas trompée en sélectionnant la jeune femme dans son programme 2018 Slingshot Artists, un programme national de soutien aux artistes émergents les plus prometteurs de l’année. “Everyone is singing along / the good and the bad and the gone”, nous chante Haley en conclusion de I Need to Start a Garden. Et de fait, une seule envie nous habite après l’écoute de ce disque magnifique, celle de profiter du printemps qui arrive pour sortir cultiver notre propre jardin en nous fredonnant à nous-mêmes “I’ve been worth it”.

Lolo from Paris

Bonus : Version live et totalement épurée du titre “The Bug Collector” enregistrée en janvier 2017 pour un concours Tiny Desk de la NPR


Date de parution de l’album : 2 mars 2018 aux Etats-Unis et 30 mars 2018 en Europe

Pour en savoir plus : https://www.haley-heynderickx.com/ ou https://www.facebook.com/haleyhannahheynderickx/

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