The Horizon Just Laughed – Damien Jurado [Secretly Canadian]

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“Je voulais saisir qui je suis vraiment. Me voir moi-même et pas à travers les yeux d’une tierce personne. C’est précisément ce dont il s’agit ici. Le son que vous entendez sur ce disque c’est juste moi. Ce sont ma production, mes orchestrations, mes arrangements, la totale quoi. C’est 100% moi”. Avec ces quelques mots et la sincérité qui a toujours été la sienne, Damien Jurado résume parfaitement l’essence de The Horizon Just Laughed, son superbe nouvel album, le treizième depuis ses débuts il y a vingt-et-un ans déjà, le premier où il se livre complètement, sans aucun filet.

L’ambition et la prise de risque cachées derrière ces propos méritent d’être soulignées. Fort de la reconnaissance ô combien légitime gagnée avec sa trilogie entamée en 2012 aux côtés de son ami et producteur Richard Swift, le songwriter de Seattle aurait pu en effet jouer la carte de la sécurité et creuser encore le sillon qui apportait enfin à son œuvre la visibilité qu’elle mérite tant. Il a plutôt préféré en prendre le contre-pied et opté pour une mise à nu introspective, un retour sur soi où l’épure (re)devient la pierre angulaire de l’orientation artistique suivie. Loin des arrangements luxuriants de ses trois précédents opus, l’auteur-compositeur-interprète-et-donc-désormais-aussi-producteur décide ainsi ici de revenir aux sources d’un folk intimiste pour nous livrer un album incroyablement personnel et profond, subtil et classieux. Un album qui demande une écoute répétée et attentive pour en saisir toute la richesse. Un album dont le minimalisme apparent des compositions révèle, derrière une certaine austérité de façade, une beauté et un sens de la mélodie incomparables. Des cordes délicieusement enveloppantes de “Allocate” aux notes entremêlées de guitare électrique et de Wurlitzer du très 70s “Random Fearless”, en passant par l’exquis piano jazzy de “Dear Thomas Wolfe” ou bien encore les cuivres lumineux de “Florence-Jean”, Damien Jurado enrobe ses morceaux d’un écrin sonore raffiné et magnifique. Et colore sa palette à dominante folk (“Over Rainbows And Rainier”, “The Las Great Washington State”, “Cindy Lee”, “1973”), de délicates touches soul (“Allocate”, “Dear Thomas Wolfe”), pop (“Percy Faith”), blues (“Random Fearless”), et même bossa (“Marvin Kaplan”, “Florence-Jean”), complètement irrésistibles.

Orfèvre du son, l’américain de 45 ans confirme également sur ce disque son statut de plume hors pair. Doué d’une écriture tout à la fois sincère et poétique, réaliste et mystique, Damien Jurado excelle à nous parler du temps qui passe, mais aussi de la difficulté à se connecter aux autres, tout en restant soi-même. Saisissant avec art tous ces petits détails du quotidien cachés derrière une station Amtrak ou bien un diner du centre-ville, il est capable de porter un regard incisif sur le monde qui nous entoure et la déshumanisation croissante qui menace notre société : “I am writing from the future / Where the people never look you in the eye / And there is no need to talk / And the sidewalks they walk for you / I know everything and yet no one at all” (“Percy Faith”). N’hésitant pas à afficher sa vulnérabilité (“I forgot I was human as I laid up my emotions / And I knocked them like dishes to the floor” – “Over Rainbows And Rainier”), il chante la vie dans toute sa normalité, rendant un hommage poignant à tous les anti-héros du rêve américain (“We only had ten dollars to our name / It was not enough to get us home / (…) / I used to like the quiet life” – “Dear Thomas Wolfe”). De sa voix de velours légèrement voilée, fragile et sereine à la foi, il s’adresse aux grandes figures de son enfance (l’acteur Marvin Kaplan, le compositeur canadien Percy Faith, le dessinateur Charles M. Schulz, l’écrivain Thomas Wolfe) pour mieux affronter le présent (“Alone with your ghosts / And the question mark protagonist / Leaving you in deserts in search of the answers / To all of the questions that lead to more questions / (…) / You’re always in doubt of the truths your defending” – “The Last Great Washington State”) et peut-être aussi réussir à croire en un futur meilleur (“Don’t worry / It’s a long / Long way back” – “Random Fearless”).

Traversant au fil de ses morceaux les états de Washington, du Maine, du Nebraska ou du Texas, Damien Jurado fait battre le cœur profond de l’Amérique dans chacune de ses notes et dans chacun de ses mots. Il signe avec The Horizon Just Laughed une œuvre intemporelle et magistrale qui n’est pas sans rappeler le meilleur de Will Oldham/Bonnie “Prince” Billy. Avec ce disque totalement indispensable, il nous confirme qu’il est définitivement l’un des meilleurs songwriters américains contemporains. L’un des plus essentiels également. “I am alive, can you hear me?” demande l’artiste sur le somptueux “The Last Great Washington State”. Oui, nous l’entendons et à nous aussi l’horizon peut enfin désormais sourire.

Lolo from Paris

Bonus :

Quatre titres de l’album enregistrés à Amsterdam pour une session live intimiste de toute beauté


Date de parution de l’album : 4 mai 2018

Pour en savoir plus : http://damienjurado.com/ ou

http://www.facebook.com/jurado.damien/

En concert à Mons-en-Barœul (Salle Allende) le 6 novembre 2018

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