Trouble Anyway – Rosali [Scissor Tail Records / Spinster Sounds]

“L’écho naturel et chaleureux de sa voix partage plus que n’importe quelle performance normative, forcée ou confessionnelle ne saurait le faire. Voilà l’incroyable force des chansons de Rosali, si incroyablement bien écrites et chantées. Elle avance sans effort sur ce chemin étroit qui invite l’auditeur à l’écouter sans le submerger ou attendre quoique ce soit en retour.” Ce sont ces quelques mots élogieux écrits par ma chère Meg Baird qui m’ont menée jusqu’à la musique de Rosali et son superbe nouvel album, Trouble Anyway, paru début juillet.

Auteur-compositrice-interprète, Rosali Middleman n’est pourtant pas une nouvelle venue sur la scène indépendante de Philadelphie où elle officie depuis plusieurs années déjà, que ce soit à la guitare avec le groupe de rock féminin Long Hots, ou dans le cadre de son propre projet, sous son seul prénom. Après un premier opus solo paru en 2016, le très beau et épuré “Out Of Love”, la jeune femme s’affirme réellement sur son second disque où elle enrichit considérablement la palette sonore de sa musique. Délaissant un peu le folk brut de ses débuts, l’américaine opte désormais pour un folk rock riche et élégant qui n’est pas sans rappeler le meilleur du Laurel Canyon, dans ses moments expressifs et enlevés (“I Wanna Know”, “Lie To Me”), comme dans ses instants de respiration plus calmes (“Dead and Gone”, “Silver Eyes”, “If I Was Your Heart”). Un son racé qui se pare de délicates touches country irrésistibles (“Who’s to Say”, “Trouble Anyway”) tout en sachant revenir à l’essentiel quand il le faut (“Maybe I’m Right”). Un son intense qui approche même la perfection psychédélique sur les huit minutes épiques de “Rise to Fall”, sommet incontournable de l’album.

Pour arriver à ce résultat complètement jouissif du début à la fin, Rosali, qui joue elle-même brillamment de trois types de guitares (acoustique, électrique et Nashville), a su merveilleusement bien s’entourer, en appelant à ses côtés quelques-uns de ses amis les plus fidèles, tous membres émérites de la scène indépendante philadelphienne : Mike Polizze (Purling Hiss) et Paul Sukeena (Angel Olsen, Spacin’) à la guitare, Dan Provenzano (Purling Hiss) à la basse, Charlie Hall (The War On Drugs) aux percussions, Nathan Bowles (Steve Gunn) au banjo et à la batterie, Mike Sobel (Oldermost) à la lap steel, Mary Lattimore à la harpe et aux claviers, Gretchen Lohse (Carol Cleveland Sings) au violon, Jeff Zeigler au synthé. C’est d’ailleurs dans le studio de ce dernier (l’incontournable Uniform Recording qui a notamment vu passer Kurt Vile ou encore The War On Drugs) que l’album a été intégralement enregistré puis parfaitement mixé.

Un travail de production impeccable qui met en avant l’autre instrument essentiel du disque, et sans doute le plus important, la voix de la chanteuse. Une voix chaude et magnifique qui a immédiatement su conquérir mon cœur tout en touchant mon âme. Incroyablement claire et délicieusement expressive, la voix de la jeune femme vient porter avec une simplicité remarquable des textes tout à la fois directs et profonds sur le voyage tourmenté de la vie et le dédale des sentiments contradictoires qu’il nous fait traverser : l’amour, la haine, le doute, la peur, la colère. N’hésitant pas à se mettre à nu et à courageusement afficher toute sa vulnérabilité (“Tears they rolled away / Cried a lake / What Am I today ? / Cry a little longer” – “I Wanna Know” // “Been struggling with my thoughts / When did I get caught in a web already begun to fray ? / Grasping at the air, clutching what’s not there” – “Trouble Anyway”) ainsi que son extrême confusion (“Shall I go shatter all ? / (…) / Shall I go crazy ? / (…) / Shall I go wild ? ”– “Silver Eyes”), Rosali excelle dans le sens de la formule (“I’ll be half of a woman to your half of a man / And I’ll keep the other half till you know how to stand / (…) / Lie to me, lie with me” – “Lie To Me” // “Do I rise just to fall ? ” – “Rise to Fall”) et la sincérité du propos. Pour au final nous guider sur le chemin de la nécessaire affirmation de soi, clé essentielle vers le vrai bonheur (“Fears they have a name / Call them out again / Don’t give them weight / Try a little harder”- “I Wanna Know”).

Harmonieux et envoûtant, intime et universel, Trouble Anyway est un album rempli d’âme et magnifiquement humain qui révèle en pleine lumière une artiste avec laquelle il faudra désormais compter. “Je suis d’abord tombée amoureuse des chansons de Rosali pour la façon dont son écriture vous emporte directement dans un rêve courageux et plein de cœur. Chaque morceau possède son univers propre, ancré dans l’underground, et en même temps accessible en plein jour” a écrit Meg Baird au sujet de la musique de son amie. Tout est dit.

Lolo from Paris

Bonus :

Quand Rosali fait sienne des titres de Cat Power, Karen Dalton et Gillian Welch, c’est beau tout simplement – https://aquariumdrunkard.com/2018/07/09/the-lagniappe-sessions-rosali/


Date de parution de l’album : 6 juillet 2018

Pour en savoir plus : http://rosalimusic.com/ ou http://www.facebook.com/RosaliMusic/

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