Olympic Girls – Tiny Ruins [Milk! Records / Marathon Artists / Ba Da Bing Records]

“Je pense qu’Hollie [Tiny Ruins] en particulier a joué un rôle très important. (…) Depuis quelque temps la musique folk est redevenue populaire et tout le travail réalisé par elle y est pour beaucoup. Elle a tracé la route pour des artistes comme Hannah [Aldous Harding] ou moi. Cela a été beaucoup plus facile pour nous de nous faire accepter car Hollie était déjà passée par là avant et avait travaillé dur pour cette reconnaissance”, me confiait il y a trois ans Nadia Reid en interview, alors que je l’interrogeais sur le renouveau de la scène folk néo-zélandaise. Des propos qui avaient sur le moment ravi mon cœur de fan de la première heure d’Hollie Fullbrook, figure centrale de Tiny Ruins, un groupe dont l’empreinte sur le paysage folk contemporain dépasse largement les limites du Pacifique Sud, et me sont revenus à l’esprit alors que sort ce mois-ci le somptueux Olympic Girls.

Projet d’Hollie initialement solitaire né à Auckland en 2009 et à l’origine du très beau et épuré “Some Were Meant For Sea” (2011), l’aventure Tiny Ruins est devenue collective dès 2013 suite à la rencontre d’Hollie avec la bassiste Cass Basil et le percussionniste Alex Freer, rapidement rejoints par le guitariste Tom Healy, un quartet de choc qui nous a offert le superbe “Brightly Painted One” en 2014. Un disque au rayonnement international qui a reçu les louanges largement mérités de la presse spécialisée et permis à Hollie de collaborer avec son compatriote Hamish Kilpour du groupe légendaire The Clean sur un EP envoûtant (“Hurtling Through”, 2015) puis avec l’icône David Lynch le temps d’un single en tout point exquis (“Dream Wave”, 2016). Un parcours sans faute qui se poursuit donc aujourd’hui avec la sortie du magnifique “Olympic Girls”, le troisième album de Tiny Ruins, le premier sur le précieux label australien Milk! Records (Courtney Barnett, Jen Cloher).

Enregistré à Auckland dans le même studio que son prédécesseur (le studio appartient au guitariste de la bande Tom Healy qui pour la première fois co-produit le disque avec Hollie), ce nouvel opus a été modelé et façonné sur une période de plus d’un an, le temps pour les musiciens de créer une oeuvre véritablement collective, fruit de sessions d’expérimentations à la fois intenses et joyeuses, une émulation inédite pour ces amis de longue date. “Mon groupe est essentiel pour moi. (…) Je suis la chef d’équipe mais c’est une équipe. L’écriture est un travail solitaire que je fais seule mais la confection des chansons pour en sortir le meilleur est une tâche collective que nous partageons tous ensemble, c’est un processus démocratique. (…). Ce sont des musiciens incroyables. Ils apportent chacun leur propre empreinte. Le groupe me motive, m’encourage, me soutient, m’apprend, il me permet de garder ma sérénité tout en me poussant à aller plus loin, il me fait rire et m’enseigne le sens de la camaraderie. (…) Mes partenaires au sein du groupe sont excessivement importants pour moi, ce sont eux qui m’ont permis de faire le disque tel qu’il est”, résume ainsi Hollie en interview.

Un travail d’équipe qui délivre au final une œuvre incroyablement aboutie, source d’une ambition musicale nouvelle pour Tiny Ruins. Sans aucun doute l’album le plus riche musicalement parlant sorti par le groupe, le disque s’éloigne en effet des terres épurées des précédents opus pour s’aventurer vers des contrées plus expérimentales en empruntant des chemins pop et psychédéliques, à l’image du sommet “One Million Flowers” dont l’orchestration luxuriante et les chœurs ensorcelants hantent longtemps encore après la fin de l’écoute. Riffs hypnotiques de guitare électrique (“How Much”, “Holograms”, “Cold Enough To Climb”), percussions envoûtantes (“Sparklers”, “Bounty”), basse/contrebasse enivrantes (“How Much”, “Stars, False, Fading”, “Cold Enough To Climb”), claviers irrésistiblement vintage (“Holograms”, “My Love Leda”, “Kore Waits In The Underworld”), vibraphone délicat (“School of Design”), violoncelle caressant (“School of Design”), ou encore flûte aérienne (“Olympic Girls”) : la palette instrumentale utilisée est large et bénéficie d’une production impeccable au service d’un son chaud et organique, nuancé et soigneusement travaillé.

Pour autant, et c’est sans aucun doute là l’une des grandes réussites du disque, les nouvelles sensibilités révélées ne viennent jamais étouffer les racines profondément folk des néo-zélandais mais bien au contraire les mettent en valeur en bâtissant un écrin précieux autour du fingerpicking averti d’Hollie sur sa guitare acoustique. La beauté transperçante des morceaux les plus calmes (“School of Design”, “Kore Waits In The Underworld”, “Bounty”, “Cold Enough To Climb”) en est la plus parfaite des illustrations et vient souligner la tension permanente entre l’épure et l’opulence, l’ombre et la lumière, qui hante magnifiquement l’ensemble des titres. Une tension que l’on retrouve au niveau de l’écriture où poésie et métaphores abstraites se mêlent aux souvenirs personnels de leur auteur pour offrir des textes délicats et habités, fragiles et profonds, entre rêves et réalité. Des mots qui trouvent leur inspiration aussi bien dans les arts, les sciences et la nature que dans la complexité des relations humaines, et permettent à Hollie de confier ses moments de doute (“How much would you be willing to give? / How much do you take from all of this? / How much before you’re strung out?” – “How Much”) tout en revendiquant fièrement sa volonté de s’affirmer (“Weren’t we born to break out / To feel the muddy banks swell ? / (…) / You’ll never find a thing / If you can’t lose yourself / Every once in a while” – “Olympic Girls”) et ses aspirations à un idéal source de lumière (“One million flowers / Dash for the natural light / Another one million flowers / Spill to the river” – “One Million Flowers”) et de sérénité enfin retrouvée (“I was struck by a feeling / It’s hard to describe / The urge to bust through the ceiling / Raise glass to the sky” – “School Of Design”). Des mots qui sont superbement portés par la voix unique de la jeune femme, une voix intemporelle, chaude et captivante, capable d’apaiser puis de bouleverser en l’espace d’un seul instant.

Mélodique, doux et enveloppant d’un côté. Epique, intense et audacieux de l’autre. Olympic Girls est un disque étincelant qui révèle toute sa beauté au fil des écoutes. Oeuvre collective riche et passionnante, il traduit une ambition nouvelle mais parfaitement équilibrée dans l’approche musicale et le processus de création de Tiny Ruins, ouvrant au passage des perspectives fort excitantes pour l’avenir du groupe. “All I’m seeing are stars”, chante Hollie sur “Holograms”. Des étoiles dont elle illumine nos âmes et nos coeurs tout au long des 43 minutes de cet album incroyablement précieux.

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur une très belle session de la Blogothèque filmée du côté de l’un de mes spots brooklyniens préférés il y a 5 ans déjà.


Date de parution de l’album : 1er février 2019

Pour en savoir plus : http://www.tinyruins.com/ ou http://www.facebook.com/tinyruins/

En concert dans le cadre du festival Les Femmes S’en Mêlent au Trabendo à Paris le 5 avril 2019 mais aussi à Allonnes le 2 avril (La Péniche Excelsior), Tourcoing le 3 avril (La Maison Folie Hospice d’Havré) et Rouen le 4 avril (Le 106).

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