Invitation – Heather Woods Broderick [Western Vinyl / Differ-Ant]

Révélée par ses collaborations de haut vol avec notamment Efterklang, Alela Diane, Lisa Hannigan, et bien sûr Sharon Van Etten qu’elle accompagne sur scène depuis plus de sept ans, l’américaine Heather Woods Broderick bâtit peu à peu une œuvre personnelle en tout point remarquable dont le troisième opus en dix ans, le somptueux Invitation, marque une nouvelle étape essentielle.

Bijou de pop atmosphérique qui puise une nouvelle fois ses racines dans le classique – le piano y est omniprésent et les cordes très largement représentées – l’album distille en effet une modernité éclatante dans sa réalisation grâce à une orchestration riche et soignée où guitares, percussions aériennes et boucles synthétiques enveloppent les titres de nappes expérimentales tout à la fois visuelles et immersives pour un rendu incroyablement envoûtant. Une mise en musique impeccablement façonnée par la multi-instrumentiste accompagnée comme à son habitude de son frère Peter Broderick, et, fait inédit, dix autres musiciens dont ses amies Jessica Larrabee (She Keeps Bees) et Mirabai Peart (Alela Diane), réunis pour l’occasion dans le studio de Daniel James Godwin, The Isokon (Kevin Morby, Jesse Marchant), à Woodstock, New York, et qui portent à la perfection la force émotionnelle des morceaux.

Une puissance suggestive que souligne de façon incroyablement bouleversante l’instrument sans doute le plus précieux de l’album : la voix de la chanteuse. Une voix magnifique, chaude et expressive, éthérée et complètement captivante, capable de toucher les âmes tout en transperçant les cœurs avec sa beauté foudroyante et en même temps délicieusement mystérieuse.

Une beauté rare porteuse d’une intensité unique également merveilleusement incarnée dans les mots de l’américaine qui en conjuguant avec brio résilience et lyrisme, nous livre ici ses textes les plus personnels à date (ce n’est pas un hasard si Heather se présente le regard de face et sans aucun artifice sur la couverture du disque). Bien qu’enregistré sur les collines verdoyantes de la côte Est, l’album reste en effet profondément inspiré par l’Oregon et son littoral sauvage battu par l’Océan Pacifique, où la jeune femme a passé une grande partie de son enfance et réside à nouveau depuis quelques années déjà. Les références aux paysages et aux éléments naturels qui font la grandeur unique de cette côte du nord-ouest du pays (falaises, vagues, vent, ciels tempétueux) imprègnent ainsi la poésie des paroles pour mieux servir de miroirs à l’intensité des sentiments exprimés. Et si les thèmes du voyage et du mouvement permanent liés à la vie d’artiste nourrissaient déjà son précédent opus (le superbe “Glider” chroniqué ici-même), la songwriter prend aussi désormais le temps de se poser (“To slow down, to look around / I need to breathe again / To know each fear that may dwell in me, befriend them, and turn ‘em to the wind / Over and over again” – “I Try”) pour se retrouver et ainsi acquérir la force d’affronter le tumulte du monde extérieur et le choc des relations humaines. Dans une mise à nu réellement bouleversante, elle affronte ses peurs et ses faiblesses les plus intimes (“Inside, my heart is burning, rushed with waves of white space / Is it a waste / Is it wasted /(…) / I tried putting forward what’s bowling up inside / I couldn’t lie / (…) / To escape fright / To have sight / Remaining light / Finding right”  – “Slow Dazzle” // “How many times in your life have you cried out / Having dreams at night of your teeth falling out / Insecurities look like knees / Blades of grass, soft and sweet, can cut deep” – “These Green Valleys”) pour tenter d’en guérir ou tout du moins apprendre à vivre avec, s’appropriant à sa façon les mots du psychothérapeute Thomas Moore dont une citation extraite de l’ouvrage “Dark Nights Of The Soul” a directement inspiré le titre du disque : “Pour rester en vie, il faut s’ouvrir afin de changer à chaque étape du chemin. Bien sûr, il y a des moments où il est approprié de prendre du recul, de s’installer et peut-être de ne pas bouger pendant un moment. Mais être une personne signifie être confronté chaque minute à la décision de vivre ou de mourir. Accepter l’invitation pour encore plus de vitalité ou bien la refuser par peur ou par faiblesse.”

Quelque part entre Agnes Obel et Julianna Barwick, Heather Woods Broderick confirme avec ce magnifique troisième album son statut d’artiste unique et réellement incontournable de la scène indépendante d’aujourd’hui. Une artiste au talent rare capable de nous émouvoir aux larmes tout en nous guidant sur le chemin de la sérénité. “Tant de nos questions sont et resteront sans réponse, mais si nous savons ralentir un peu le rythme et apprécier les choses telles qu’elles sont, alors cela peut nous apporter une facilité et un confort qui nous permettront de voir la beauté parmi le chaos.” confie-t-elle. Il y a longtemps que nous n’avions pas reçu une invitation aussi précieuse.

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur la jolie collaboration en 2017 d’Heather avec le photographe Benjamin Swett dans le cadre d’un projet caritatif en soutien à des organisations écologistes coordonné par la galerie d’art contemporain new yorkaise Planthouse Gallery.


Date de parution de l’album : 19 avril 2019

Pour en savoir plus : http://www.heatherwoodsbroderick.com/ ou https://www.facebook.com/heatherwoodsbroderick/

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