Kinship – She Keeps Bees [Ba Da Bing Records / BB Island Music / Differ-Ant]

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Trésor caché de la scène indépendante américaine, les She Kees Bees nous offrent, cinq ans après le superbe “Eight Houses”, un nouvel album studio, Kinship, le cinquième depuis leur formation en 2006, le premier chez le précieux label Ba Da Bing Records (Katie Von Schleicher, Lady Lamb, Tiny Ruins). Un disque magnifique au ton plus sombre que d’ordinaire mais à la puissance émotionnelle incroyablement amplifiée.

Prolongeant l’orientation musicale engagée avec son précédent opus, le couple formé de Jessica Larrabee et Andy LaPlant délaisse ainsi les riffs de guitare bruts et incisifs auxquels il nous avait habitués pour explorer de nouveaux territoires sonores plus apaisés où les claviers sont davantage mis en avant aux côtés, ici de cordes enveloppantes, là de nappes synthétiques envoûtantes. Sans complètement renoncer à l’essence originelle de sa musique (“Coyote”, “Ocean”), le duo n’hésite pas à s’écarter des routes blues rock de ses débuts pour désormais emprunter des chemins pop irrésistiblement psychédéliques (“Breaking Weight”) ou bien s’aventurer vers des contrées plus expérimentales (“Longing”). Passés maîtres dans l’écriture de mélodies exquises (“Queen of Cups”, “First Quarter Moon”), les américains ralentissent le rythme pour nous offrir des ballades aussi belles que déchirantes (“Dominance”) et côtoyer le sacré (“Hawk”, “Kinship”). Un son délicat, souvent très épuré, mais toujours particulièrement soigné, que le couple a façonné seul ou presque dans sa nouvelle maison de l’Hudson Valley, loin de l’agitation de la Big Apple, entouré seulement de quelques amis musiciens (Kevin Sullivan et Penn Sultan du groupe Last Good Tooth respectivement à la basse et à la guitare, Eric Maltz aux claviers, Simon Goff au violon, Alice Dixon au violoncelle) et des forêts de l’Upstate New York.

Cette retenue inédite dans l’approche musicale sert à merveille la voix incroyablement remplie d’âme de Jessica. Une voix chaude et puissante qui plus que jamais résonne comme l’instrument le plus précieux du groupe, sa signature la plus essentielle également. Une voix sublime qui porte à la perfection l’émotion incroyable contenue dans les textes des chansons. Une nouvelle fois seule à l’écriture, la jeune femme a de fait puisé ici son inspiration dans des expériences particulièrement douloureuses : la maladie puis le décès de son père mais aussi le chaos de l’Amérique de Trump et l’inconscience de notre société face à la destruction de l’environnement. Des thèmes sombres qu’elle aborde avec une plume sensible et poétique capable de dénoncer (“Ignore the rules of balance on Earth / Watch destruction of the sanctuaries” – “Coyote” // “Dominance is a dead end / Serves evolution no purpose / (…) / Don’t be obsessed by the surface / Hungry ghost with low purpose” – “Dominance”) mais aussi, et c’est là toute sa force, de guérir. Révoltée et profondément engagée, la jeune femme ne bascule en effet jamais dans la colère stérile, préférant opposer à la noirceur du monde le tracé d’un chemin pacifié vers la sérénité. Un équilibre perdu qu’elle nous engage à retrouver dans ces qualités oh combien essentielles que sont l’humilité (“Open humble kind hand / Restores the balance” – “Dominance”), la bienveillance et le respect. Respect de soi-même d’abord, respect des autres ensuite, respect de la nature qui nous entoure et de la planète Terre qui nous abrite enfin (“Wisdom of the ocean be my wife / Like the Queen of Cups made of Earth / Water / Fierce love of life / We don’t have to be anything / But honest with ourselves / Symbiotic / Nature in accord with herself” – “Queen Of Cups”).

En nous rappelant à quel point la vanité et l’arrogance humaines sont peu de chose face à la toute-puissance de la Nature, les She Keeps Bees nous invitent au final à regarder au-delà de la noirceur du monde pour mieux la combattre. Ils délivrent avec le somptueux Kinship un album incroyablement intense et poignant mais aussi profondément apaisant. Un disque sincère et bouleversant qui révèle toute sa richesse au fil des écoutes, confirmant au passage le talent immense et encore bien trop sous-estimé de ses auteurs. Indispensable.

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur le très beau titre engagé “Our Bodies” sorti en 2017 pour soutenir le Planning Familial américain.


Date de parution de l’album : 10 mai 2019

Pour en savoir plus : http://www.facebook.com/shekeepsbees/ ou http://shekeepsbees.com/

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