Mother Of Gloom – Emily Fairlight [Fishrider Records / Occultation Recordings]

On ne répètera jamais assez à quel point la scène folk néo-zélandaise mérite toute notre attention. Année après année, les révélations s’y succèdent en effet, offrant à nos oreilles enchantées des découvertes musicales incroyablement précieuses, qu’elles s’appellent Tiny Ruins, Aldous Harding, Marlon Williams, Nadia Reid… ou désormais Emily Fairlight, dont le second album, le magnifique Mother Of Gloom fait ce mois-ci l’objet d’une réédition sur le label indépendant anglais Occultation Recordings, un an après sa sortie initiale dans l’indifférence quasi générale (le disque a été financé par une campagne locale de crowdfunding). Une réédition salutaire pour tou(te)s les amoureux(ses) de joli son, tant cet album bouleverse par l’émotion qui l’habite et envoûte durablement grâce à sa stupéfiante beauté.

Une beauté à la fois brute et intemporelle incarnée en premier lieu par la voix absolument incroyable de son auteur-compositrice-interprète, Emily Fairlight Peters. Une voix sublime qui, semblant surgir d’un autre monde et d’une autre époque, saisit par son intensité et la puissance émotionnelle rare qu’elle dégage. A l’image des voix uniques de Karen Dalton, PJ Harvey ou Vera Sola, la voix d’Emily transperce les cœurs tout en touchant l’âme avec son vibrato singulier et complètement captivant. Infiniment habitée et authentique, elle fait écho aux mille vies déjà vécues par la néo-zélandaise de 36 ans : depuis sa ville natale de Christchurch jusqu’à Dunedin en passant par l’Australie, l’Inde et Wellington, elle a ainsi été tour à tour élève de cirque, vendeuse d’accessoires érotiques pour femmes ou encore barista avant d’entamer une carrière musicale vers 2010/2011. Un parcours hors des sentiers battus qui a bien failli brutalement s’arrêter en 2016 avec une mauvaise chute à l’origine d’une blessure grave au cerveau. Un accident dont elle conserve toujours quelques troubles résiduels de la mémoire et qui constitue le point de départ de l’écriture de l’album, sept longues années après un premier essai épuré et déjà très convaincant.

Poétiques, les textes des nouvelles chansons puisent de fait leur inspiration dans l’expérience traumatisante de la jeune femme mais aussi, et de façon plus classique, dans les tourments personnels provoqués par une douloureuse rupture amoureuse. Empreints d’une mélancolie certaine, les mots d’Emily captent avec une grande intensité l’essence d’un moment ou la force d’une émotion tout en traçant un chemin assuré vers la résilience. Ils sont impeccablement servis par le folk envoûtant de la néo-zélandaise, qui fait nouveau distille autour du son de sa guitare acoustique des touches délicieuses d’americana et de mariachi. Le résultat sans doute des conditions de fabrication de l’album qui a été enregistré à Austin (Texas) dans le studio de son ami Doug Walseth, The Cat’s Eye, avant dêtre mixé à Lyttelton (Christchurch) dans le studio de Ben Edwards, The Sitting Room, célèbre pour avoir vu passer la fine fleur de la nouvelle scène folk néo-zélandaise (Aldous Harding, Nadia Reid, Marlon Williams, etc).

Des sessions de travail texanes à la post production kiwi, naît au final une musique profondément cinématographique, toute à la fois riche dans son contenu (violon, banjo, trompette, omnichord, vibraphone et accordéon accompagnent les traditionnels guitare, basse et batterie) et délicate dans sa réalisation. Une musique impeccablement façonnée par les six artistes talentueux conviés par Walseth autour d’Emily, parmi lesquels le percussionniste Cully Symington (Conor Oberst, Okkervil River, Shearwater) et le multi-instrumentiste Kullen Fuchs. Une musique qui puise son essence première dans un folk habité (“The Escape”, “Water Water”, “Time’s Unfaithful Wife”) et déchirant (“Body Below”, “Drag The Night In”, “Private Apocalypse”, “Sinking Ship”), tout en rappelant ici Joan Baez (“Nurture The Wild”), là Calexico (“The Bed”, “Loneliest Race”). Imparable.

Avec les douze morceaux (dont un très bel instrumental) de Mother Of Gloom (le titre du disque fait référence à l’émouvant “Bloody Mother Fucking Asshole” de Martha Wainwright), Emily Fairlight nous offre un album réellement majestueux. Un disque grave et rayonnant qui fut pour moi, au-delà du coup de foudre instantané pour la voix de l’artiste, une vraie révélation musicale. Grand admirateur de la jeune femme, Marlon Williams l’a invitée à assurer la première partie de sa dernière tournée dans le Pacifique Sud avant qu’elle ne s’envole pour le célèbre Festival SXSW (South By Southwest). Prochaine étape, l’Europe ? Mon cœur de fan ne saurait rêver perspective plus excitante…

Lolo from Paris

Bonus : Interview et session acoustique d’Emily enregistrés pour la radio néo-zélandaise l’année dernière. Que c’est beau !


Date de parution de l’album : 4 mai 2018

Date de sortie de l’album en Europe : 28 juin 2019

Pour en savoir plus : http://emilyfairlight.com/ ou https://www.facebook.com/EmilyFairlightMusic/

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