Spring – Itasca [Paradise Of Bachelors]

“J’ai toujours aimé le désert. (…) Quelque chose rayonne en silence…” écrit Antoine de Saint-Exupéry dans “Le Petit Prince”. Un silence bienfaiteur qui en nous détachant de toute distraction superflue nous permet de redécouvrir l’essentiel pour au final se (re)trouver soi-même. Tel est le cœur du message porté par Spring, le nouvel album d’Itasca, son quatrième opus en sept ans, le second chez le précieux label indépendant Paradise Of Bachelors, à l’origine, est-il besoin de le rappeler, de quelques-unes des plus belles sorties indie folk de ces dix dernières années (The Weather Station, Steve Gunn, Jennifer Castle, Mega Bog, Nap Eyes, etc). Un disque magnifique écrit lors d’une retraite solitaire dans la région désertique du Nouveau-Mexique, où six mois durant, Kayla Cohen (la jeune femme qui se cache derrière le projet Itasca) a fui l’agitation démesurée de sa ville de résidence habituelle Los Angeles pour s’immerger dans une nature grandiose et vivre sous le toit de la vieille demeure traditionnelle en adobe que l’on aperçoit sur la pochette de couverture. Une décision dictée par la nécessité absolue d’échapper à une situation personnelle particulièrement douloureuse tout autant qu’au chaos insupportable de l’Amérique de Trump. Une décision salutaire qui lui a permis de façonner un album profondément personnel dont la beauté intrinsèque illumine chacun des dix morceaux qui le composent.

Ecrit dans l’isolation la plus totale, “Spring” est un disque naturellement épuré dont l’essence première repose avant tout sur la combinaison incroyablement magique formée par la voix et la guitare acoustique de son auteur-compositrice-interprète (“Voice Of The Beloved”). Une voix chaude et enveloppante qui apaise le cœur autant qu’elle envoûte l’âme. Une guitare aérienne autour de laquelle les mélodies finement ciselées de Kayla volent dans la douceur la plus totale. Mais épure ne veut pas impérativement dire dépouillement, bien au contraire. Et si le disque a été conçu en solitaire dans le désert, c’est en groupe qu’il a ensuite été enregistré, entre Los Angeles et Chicago, avec l’aide de Daniel Swire (partenaire de l’américaine au sein des talentueux Gun Outfit) aux percussions, Marc Riordan aux claviers, Dave McPeters à la pedal steel et Jean Cook au violon grâce à des arrangements de cordes élaborés par le compagnon de label James Elkington. L’ensemble fut ensuite mixé par le génial Chris Cohen qui a apporté à l’œuvre sa touche délicieusement pop. En résulte une musique atmosphérique délicate remplie d’une force cinématographique irrésistible qui donne à entendre et à voir le désert du Nouveau-Mexique, dans son austère aridité mais aussi et surtout dans les incroyables sources de vie qu’il renferme tout au long du somptueux Rio Grande. Une énergie unique qui habille le disque d’une aura mystique absolument exquise, à l’image des plus grandes œuvres folk du Laurel Canyon des années 1970, ici par l’ajout d’une batterie enveloppante et d’une pedal steel caressante (“Blue Spring”), là grâce à un piano lumineux ou à des cordes aériennes (“Bess’s Dance”, “Only A Traveler”).

Mise en valeur par la finesse du travail de production, la subtilité de l’instrumentation bâtit au final un écrin de choix aux textes profondément poétiques de Kayla. Introspective et cathartique, la plume de la jeune femme puise ici son inspiration dans la solitude du désert mais aussi dans la culture indienne séculaire incroyablement riche du Nouveau-Mexique pour laquelle la californienne a développé une passion sincère. Une double partition sur laquelle viennent se poser ses méditations personnelles sur la perte et la résilience, le temps qui passe ou encore la beauté fragile de notre planète. Construits autour d’une imagerie naturelle omniprésente où il est question de ciels, d’ombres, de lumière, d’arbres, de fleurs, de sources d’eaux et de canyons, les mots de la jeune américaine évitent les vérités toute faites pour conserver cette part de mystère suspendu entre le réel et l’imaginaire, offrant ainsi à chacun(e) la possibilité de tracer son propre chemin personnel lors de ce voyage au long cours qu’est finalement la recherche de soi.

Avec la folk intemporelle et enivrante de Spring, Itasca suspend le temps et nous invite à réfléchir à l’essentiel pour au final mieux nous retrouver. Elle nous propose un moment de beauté pure que les amateurs de Joni Mitchell, Vashti Bunyan ou encore Jessica Pratt savoureront avec délectation. “Dans le désert, on est toujours libre… On sent l’écoulement du temps…”, a écrit Antoine de Saint-Exupéry (“Terre des hommes”, 1939). Depuis les portes de son désert, Kayla Cohen nous offre les clés pour reconquérir notre propre liberté. A nous de savoir nous en saisir…

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur l’une des rares sessions live d’Itasca disponibles en vidéo, une session filmée en 2017 du côté d’Utrecht aux Pays-Bas.


Date de parution de l’album : 1er novembre 2019

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/Itasca/  ou http://www.itascalosangeles.com/

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