Ruiner – Wilsen [Secret City Records / Dalliance Recordings]

Formé à Brooklyn en 2013 autour de Tamsin Wilson (chant / guitare), Drew Arndt (basse) et Johnny Simon (guitare), le trio Wilsen offre avec le somptueux Ruiner une suite ambitieuse et remarquable à son premier opus sorti en 2017, le très beau “I Go Missing In My Sleep”. Une suite une nouvelle fois distribuée par le label québécois Secret City Records (Patrick Watson, The Barr Brothers, Owen Pallett) mais qui, sous la production experte d’Andrew Sarlo (Big Thief, Bon Iver), voit le groupe s’éloigner des ambiances folk éthérées de ses débuts pour explorer des sonorités nouvelles plus éclatantes et réellement addictives.

Confirmant son goût pour les compositions non linéaires et les mélodies finement ciselées, le groupe new-yorkais réussit ici l’équilibre parfait entre ombre et lumière, harmonie et discordance, en alternant brillamment moments de flamboyance irrésistibles et parenthèses apaisées en quête d’une sérénité salutaire. Directe et organique, l’instrumentation saisit ainsi par ses envolées post-rock délicieusement abrasives et dissonantes (“Ruiner”, “YNTOO”, “Feeling Fancy”, “Fuse”) tout en dévoilant un groove irrésistible magnifié par la danse langoureuse de la guitare et de la basse (“Down”, “Birds II”), tandis qu’une batterie métronomique diffuse un sentiment d’urgence inédit, miroir de notre époque anxiogène, et dont même les morceaux les plus calmes conservent l’empreinte diffuse (“Wearing”, “Wedding”). Mais si les riffs se font désormais plus perçants et les percussions plus lourdes, l’ensemble, et c’est là sa qualité essentielle, ne se défait au final jamais d’une grande douceur qui vient toucher l’auditeur en plein cœur sur les deux titres les plus épurés de l’album, le délicat “Birds I” et le déchirant “Moon”.

Exaltée et instinctive, la musique du trio fait directement écho aux démons intérieurs que Tamsin, plume de la bande, affronte dans ses textes bouleversants de sincérité. Des textes profondément personnels où elle fait face à ses blessures les plus intimes (“I can’t stop the demons from yelling that / when everything is fine, everything is finite / I can be a ruiner of the deepest dye / rubbing out all of the good with an impartial swipe”– “Ruiner”) pour au bout du compte enfin oser s’accepter elle-même (“Everybody’s got a story / and this shit has got them feeling fancier / than you ever would allow / before you go on downward again / count how many the slow will gain from you / in this worthless round / Quiet’s not a fault to weed out”– “Feeling Fancy”) et trouver l’apaisement (“I woke up in a life not mine /(…) / All this time / I waited to begin / I waited for the cue, someone to push me in / but the moon’s still combing up overhead / it catches on one on this simple trip / get ready set” – “Moon”). “Je saisissais toute émotion qui surgissait sur le moment et je la laissais m’emporter”, résume parfaitement la jeune femme. Une émotion qu’elle démultiplie gracieusement avec sa voix délicieusement envoûtante. Une voix à la fois apaisante et mystérieuse, qui en enveloppant ses mots d’une douce chaleur, guide l’auditeur tout au long des 11 pistes fascinantes de l’album.

“Faire ce disque était en quelque sorte un processus initiatique”, explique Tamsin. “Nous vieillissons et devenons plus directs, moins précieux, moins calculés. Nous évitons de trop réfléchir, puis nous faisons davantage confiance à nos instincts. ” Une approche directe et courageuse qui permet à Wilsen de dépasser les frontières du folk atmosphérique de ses premiers titres pour trouver avec Ruiner un son plus ambitieux et terriblement captivant. L’avenir ne s’en annonce que plus excitant !

Lolo from Paris

Bonus : Très belle session acoustique enregistrée à New York le 14 février dernier pour le webzine américain Paste


Date de parution de l’album : 21 février 2020

Pour en savoir plus : http://www.facebook.com/thisiswilsen/  ou https://www.thisiswilsen.com/

En concert au Supersonic à Paris le 22 mai 2020

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