Spook The Herd – Lanterns On The Lake [Bella Union / PIAS]

Quintet formé au milieu des années 2000 à Newcastle, autour du couple Hazel Wilde (chant, guitare, claviers) – Paul Gregory (guitares, production) et du batteur Oliver Kettenringham, les Lanterns On The Lake sont à l’origine de trois albums remarquables, publiés à rythme régulier entre 2011 et 2015. Façonnés en totale autarcie, ces disques, fort justement plébiscités lors de leur sortie, ont créé l’excitation mais aussi une grande attente quant à la suite. A l’heure du 4ème opus, le groupe peut-il dès lors renouveler encore une fois le charme de sa musique si délicieusement envoûtante, quelque part entre dream pop planante et post rock incandescent ?

Sans doute conscients de l’enjeu, les anglais ont décidé de sortir de leur zone de confort pour concevoir Spook The Herd. Fait inédit, ils ont ainsi quitté leur foyer du nord de l’Angleterre pour un studio du Yorkshire où ils se sont pour la première fois de leur carrière adjoints les services d’un ingénieur extérieur en la personne de Joss Worthington. Le résultat ? Un album enregistré dans les conditions les plus proches possibles du live pour un son direct et viscéral. A contre-courant de la mode actuelle aux disques ultra produits, les anglais ont décidé de retirer tout superflu pour retrouver l’essentiel. Un peu moins atmosphérique et plus terrienne que par le passé, leur musique respire donc ici l’immédiateté et l’urgence, dans ses moments les plus rugueux et fiévreux (“Baddies”, “Blue Screen Beams”), comme dans ses parties plus soyeuses et apaisées (“Every Atom”, “Secrets & Medicine”, “A Fitting End”). Toujours aussi riche de mélodies addictives et construite autour d’envolées lyriques complètement irrésistibles (“When It All Comes True”, “Before They Excavate”, “Swimming Lessons”, “This Is Not A Drill”), l’instrumentation vise l’organique tout en restant subtile avec ses guitares ardentes et sa batterie martiale que viennent délicatement adoucir, ici un piano aérien, là quelques cordes acoustiques enveloppantes. “Il y avait une volonté de se libérer en montrant quelle sorte de musique nous étions capables de faire”, résume le guitariste et producteur Paul Gregory, avant d’ajouter “L’idée de quelle sorte de groupe nous étions supposés être a complètement disparu. C’était merveilleux, nous sentions que nous pouvions faire tout ce que nous avions vraiment envie de faire”.

Le sentiment d’urgence ainsi créé par la musique colle parfaitement aux textes poétiques et profondément engagés d’Hazel Wilde. Militante de longue date auprès du Parti Travailliste, la jeune femme scrute brillamment l’intime pour au final finement dénoncer les dérives de nos sociétés consuméristes ainsi que les désordres du monde d’aujourd’hui secoué d’innombrables crises sociales, politiques ou encore écologiques (“Here come the baddies on a wave of hate” – “Baddies” // “We don’t need a wall, we need a bigger boat” – “Blue Screen Beams”). Sans condescendance ni fausse arrogance, elle parvient à donner du sens au chaos qui nous entoure pour mieux appeler à la résistance, au courage et à l’affirmation de soi (“Let’s gatecrash the palace and reclaim what’s ours / Let’s replace the billboards with beautiful art / Let’s take out every street light in London tonight / And soak up the beating moon / (…) / This whole city could be under water by June / (…) / Someday they’ll carbon date this whole sorry mess we made / The hour is late, they’re closing in, it’s high time that we begin” – “Before They Excavate”) mais aussi et surtout pour nous aider à garder l’espoir (“This fear that consumes you will be gone by the time the flowers bloom / (…) / I think the time’s come” – “Swimming Lessons”). Une prise de position déjà présente dans ses compositions précédentes mais qui ici plus que jamais est ouvertement affirmée (la récente maternité d’Hazel n’est peut-être pas étrangère à cela). Un acte de foi sincère et percutant qui touche en plein cœur et voit sa puissance démultipliée grâce à la voix toujours aussi intense et bouleversante de la chanteuse. Une voix impeccablement mise en avant sur chacun des morceaux et qui saisit l’auditeur par son assurance et sa détermination.

Brisant leur routine tout en restant fidèles à leur ADN musical, les Lanterns On The Lake ont finalement parfaitement réussi à se renouveler une nouvelle fois. Ils nous offrent avec le majestueux Spook The Herd un album essentiel qui entretient l’étincelle de l’espoir malgré l’obscurité du moment présent. Un album engagé dont la colère salvatrice appelle à l’action et trace le chemin vers des jours meilleurs. “They’ve got the money but we’ve got heart” nous rappelle très justement Hazel Wilde sur l’impétieux “Baddies”. Tout est dit.

Lolo from Paris

Bonus : Superbe enregistrement live du titre “Swimming Lessons” capté en studio à Newcastle


Date de parution de l’album : 21 février 2020

Pour en savoir plus : https://www.facebook.com/LanternsOnTheLake/ ou https://www.lanternsonthelake.com/

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