False Spring – Zachary Cale [All Hands Electric]

A l’image de ses compatriotes Cass McCombs, Damien Jurado ou encore Simon Joyner, Zachary Cale fait partie des auteurs-compositeurs-interprètes de talent, malheureusement insuffisamment reconnus et pourtant essentiels au rayonnement du songwriting américain contemporain. Quinze ans après la sortie de son tout premier disque et cinq longues années après la parution de son dernier long format, il nous le prouve une nouvelle fois et de la plus belle des façons sur le double album False Spring, son sixième opus déjà, le quatrième qu’il distribue de façon totalement indépendante sur son propre label All Hands Electric.

S’éloignant de l’approche expressionniste suivie sur le remarquable “Duskland” paru en 2015, Zachary Cale a fait ici le choix délibéré d’un retour à une musique plus directe et organique, une musique plus spontanée aussi. Un son aux arrangements moins denses qu’il a façonné en groupe et en live dans un studio de Brooklyn où il vit depuis près de vingt ans. Si son jeu de guitare toujours aussi habile et gracieux reste au cœur de la construction de l’ensemble, l’apport des musiciens conviés pour l’occasion (quatre principaux, plus quelques invités) élargit de façon remarquable le champ des possibles. Aux compositions folk délicieusement épurées de “False Spring”, “Slide” ou encore “Black Dirt Drift”, répondent ainsi les cuivres délicats de “Come Morning”, le piano céleste de “By Starlight” ou “Free To Go”, mais aussi les touches lumineuses de blues sur “Magnetic North”, l’Americana élégant de “Last Fair Deal” ou “Amnesia Moon” ainsi que les échappées pop de “Riverbed” et “Careening” dont les claviers entêtants rappellent la grand époque du Laurel Canyon. Le vaste espace laissé à l’orchestration (4 des 16 titres du disque sont d’ailleurs des purs instrumentaux) souligne le caractère merveilleusement cristallin et envoûtant des mélodies, tout en offrant une respiration essentielle au voyage musical proposé. Il permet également un sens du lâcher prise et une alchimie de groupe stimulants pour la création. “J’ai simplement apporté au groupe les paroles et mes parties de guitare puis nous avons arrangé les chansons tous ensemble, au fil de l’eau, dans le studio. Nous n’avions même pas vraiment répété avant l’enregistrement ! Excepté le bassiste James Preston et certains des invités, je n’avais jamais joué avec ces musiciens avant. Il n’y a rien de tel que de travailler pour la première fois avec des personnes. Il y a en effet alors une urgence particulière à créer. Tous les plus grands ont enregistré de la sorte. Cela stresserait sans doute la plupart des artistes d’aujourd’hui mais j’aime cette façon d’avancer sous pression. Vous êtes obligés de donner le meilleur de vous-même pour l’occasion”, explique Zachary en interview.

L’écrin musical ainsi façonné sert à merveille la profonde poésie des textes des chansons. Dans le sillage de ses héros Neil Young ou encore Bob Dylan, avec lequel il partage d’ailleurs cette même façon de chanter, légèrement traînante et nasillarde, Zachary a de fait toujours soigné l’écriture de ses morceaux et confirme ici tout son talent pour la narration. Plus personnels que par le passé, ses mots s’inscrivent résolument dans le temps présent en dénonçant le chaos de l’Amérique de Trump (“I’m afraid of leaving but I / Know the time is now / To pack my things and settle debts / To break ties with the ones / Whose willful ignorance / Fills my mind with noise and violence” – “Come Morning”) et la perte de repère qui frappe actuellement nos sociétés (“The sand is shifting / The clocks are turning / The river’s rising the sky is all aflame / I have to look away / Disconnection / Isolation / Our buried problems become exposed in the rain / I have to look away” – “Mad Season”). Souvent sombre et empreint de mélancolie, son propos ne sombre cependant jamais dans la désillusion et révèle au contraire une soif de sens (“So many storms so many changes / You had to face just to arrive / Becoming what you are born for / It don’t come overnight” – “Slide”) et de lumière particulièrement touchante (“Shine a light / Upon the path so I can see / I need your voice / To blend with mine in harmony” – “Shine”), tout en célébrant avec force la nécessité absolue de l’amour (“I wanna be your piece of heaven / In a world that’s cold and mean / I wanna mend what’s badly broken / I wanna figure into your dreams”– “Man Beside You”). Un optimisme relatif qu’il aime à expliquer par l’écoute de gospel et de musique soul dans les mois qui ont précédé la conception du disque.

Bien loin des modes musicales actuelles avides de sonorités synthétiques et de sur-production outrancière, False Spring est sans aucun doute l’un des plus beaux disques que j’ai écoutés cette année, l’un des plus vrais également. Tout en y confirmant son incroyable talent de guitariste et de songwriter, Zachary Cale vient en effet nous rappeler à quel point l’authenticité artistique est une valeur précieuse. Fidèle aux héros du passé, il s’affirme plus que jamais comme un auteur profondément ancré dans son époque. Aussi, lorsqu’au détour d’une interview j’apprends qu’un album inédit intitulé “Skywriting” et enregistré juste après “Duskland” pourrait à son tour sortir cet automne, je croise fort les doigts pour qu’il en soit ainsi.

Lolo from Paris

Bonus : Superbe reprise live du classique blues de Robert Johnson, “Love In Vain”


Date de parution de l’album : 29 mai 2020

Pour en savoir plus : http://www.facebook.com/zacharycalemusic/ ou http://zacharycale.com/

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