Love Lives Where Rules Die – Suzanne Vallie [Night Bloom Records]

“Ici, la nature s’admire dans son éternité. C’est une région où les extrêmes se rencontrent, un lieu où l’homme a conscience du temps, de l’espace, de la grandeur et de ce silence éloquent. ” C’est ainsi que l’écrivain américain Henry Miller aimait à décrire Big Sur, portion de côte californienne au décor majestueux, sise entre San Francisco et Los Angeles, qui fascine par sa beauté sauvage mais aussi et peut-être avant tout par son ambiance unique empreinte de liberté et de spiritualité. Une atmosphère non conventionnelle qui a de tout temps attiré et inspiré les artistes, depuis les révoltés en quête d’absolu de la Beat Generation emmenée par Kerouac dans les années 50 jusqu’aux adeptes mystiques du New Age aujourd’hui. Avec ses paysages préservés et ses ciels à couper le souffle, le lieu se mérite certes mais nourrit aussi profondément l’imaginaire tout en offrant l’espace et le temps nécessaires à la (re)construction personnelle. Une vérité que vient nous rappeler de la plus belle des façons Love Lives Where Rules Die, le magnifique premier opus de la poétesse et auteure-compositrice-interprète Suzanne Vallie, qui arrive jusqu’à nous grâce à l’excellent petit label indépendant Night Bloom Records (Kacey Johansing, Mariee Sioux).

Ecrit précisément à Big Sur où l’américaine originaire du Midwest vit désormais en semi recluse, l’album donne en effet à ressentir toute l’atmosphère fantasmagorique de l’endroit en en saisissant chaque détail pour superbement parler d’amour, de rupture et de résilience, et ainsi exorciser la douleur d’une relation compliquée qui vient de s’achever. De sa plume poétique et imagée, Suzanne donne à voir les falaises vertigineuses, fait entendre le fracas des vagues sur les rochers, distille le brouillard épais avant d’embrasser le soleil réconfortant, pour au final mieux décrire l’incroyable palette des émotions intenses qu’elle a traversées avant de se reconstruire. Un voyage intime et personnel qu’elle a mené au volant de sa Honda 94 le long de la mythique Highway 1 lors d’échappées solitaires durant l’été 2019. Une aventure humaine profondément bouleversante qu’elle nous livre sans fard de sa voix chaude et fragile. Une voix naturelle et enveloppante qui tout en nous touchant en plein cœur rappelle les timbres envoûtants ici de Cat Power, là d’Hope Sandoval.

Empreint d’une certaine mélancolie, le ton n’est cependant jamais larmoyant. Il est au contraire irrésistiblement doux et voluptueux, à l’image du climat californien dont on devine l’influence sur la musique de l’américaine. Les pieds ancrés dans un folk délicatement « countrysant » écho à ses origines terriennes du Dakota du Sud, Suzanne n’a de cesse en effet de tourner la tête vers une pop résolument lumineuse et cathartique. Une alchimie parfaite qu’elle réussit non pas seule, mais en groupe, avec l’aide de onze amis réunis pour l’occasion dans une ancienne église reconvertie en studio au nord de l’Etat de New York. Sous la direction du musicien et producteur Rob Shelton (Luke Temple, Kacey Johansing), la bande a ainsi façonné dans les conditions du live l’écrin idéal pour accompagner les compositions élégantes de la jeune femme en leur apportant la douce apesanteur des claviers analogiques, la caresse des violons, ou encore la profondeur exquise de la guitare baryton. Une orchestration riche et travaillée qui découvre toute l’étendue de sa grâce sur les deux morceaux les plus longs du disque, la langoureuse chanson titre et l’hypnotique “Sundowner”.

“Tout est ici si attirant, si spectaculaire, si total, que vos émotions en sont d’abord étranglées”, confiait Henry Miller dans son recueil de souvenirs “Big Sur et les oranges de Jérôme Bosch”. Des mots qui trouvent un écho particulier à l’écoute du somptueux Love Lives Where Rules Die, un premier album profondément sincère et complètement enveloppant qui, en nous présentant un bout de l’histoire personnelle de son auteure Suzanne Vallie, révèle également une nouvelle songwriter de talent dans un paysage californien décidément très inspirant. Un disque écrit et pensé comme une invitation au voyage qui nous emporte les yeux fermés pour nous aider à garder le cœur grand ouvert. Rarement aventure pour se réconcilier avec soi-même aura été aussi envoûtante.

Lolo from Paris

Bonus : Retour sur les débuts très épurés de Suzanne avec cette adorable vidéo DIY tournée en 2009


Date de parution de l’album : 3 juillet 2020

Pour en savoir plus : http//suzannevallie.bandcamp.com/ ou http://www.instagram.com/suzvallie/

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