Old Flowers – Courtney Marie Andrews [Fat Possum Records / Loose Music]

“La musique triste peut être appréciée non seulement comme quelque chose d’esthétique, comme une récompense abstraite, mais elle joue aussi un rôle dans le bien-être, elle apporte une consolation et régule la mauvaise humeur et les émotions négatives.” C’est en ces termes précis qu’une étude conduite par deux chercheurs de l’Université Libre de Berlin présentait à l’automne 2014 ses conclusions, venant ainsi scientifiquement valider l’adage bien connu des mélomanes avertis selon lequel la musique triste rend heureux. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre d’écouter le nouvel album (le huitième en douze ans !) de l’américaine Courtney Marie Andrews, le superbe Old Flowers, dont la beauté sombre élève les âmes tout en transperçant les cœurs grâce à sa description profondément intime de notre vulnérabilité.

Né dans les méandres d’un cœur brisé, “Old Flowers” est ainsi le fruit d’un voyage personnel sur le chemin de la reconstruction après la fin d’un premier amour long de neuf années. Une échelle de temps qui pour la pas encore tout à fait trentenaire Courtney Marie Andrews constitue un marqueur de vie fondamental et donne à son disque une intensité émotionnelle inédite. Ayant naturellement fait le choix d’un processus d’écriture solitaire entre son Arizona natal, son nouveau lieu de résidence Nashville et les paysages moins familiers de Lisbonne ou de Londres, l’américaine a également décidé de façonner sa musique dans l’intimité la plus totale, ne s’entourant pour l’occasion que de 3 compagnons : le multi-instrumentiste talentueux Matthew Davidson (basse, guitare, pedal steel, mellotron, claviers, chœurs) connu pour son très beau projet personnel Twain, le batteur James Krivchenia, figure essentielle du formidable quartet Big Thief, dont le producteur régulier Andrew Sarlo est également ici précisément aux commandes tout en apportant une contribution instrumentale (piano, guitare acoustique) et vocale. Resserrée, l’équipe de musiciens se concentre systématiquement sur l’essentiel, préférant l’épure à la luxuriance, pour mieux porter la profonde intimité des sentiments exprimés. Fidèle à un folk acoustique délicieusement teinté d’americana, le son fait la part belle aux ballades minimalistes jouées au piano (“Guilty”, “Together or Alone”) et retourne les cœurs sous le rythme déchirant de la batterie (“Carnival Dream”, “Old Flowers”) tout en caressant les âmes grâce à une pedal steel aussi enveloppante que bouleversante (“Burlap String”, “How You Get Hurt”).

L’extrême délicatesse de la musique met en lumière la grande beauté de l’instrument le plus essentiel du disque, la voix de la chanteuse. Incroyablement pure et expressive, la voix de Courtney Marie Andrews est de fait constamment au centre de l’œuvre dont elle constitue à la fois les racines et les ailes. Gorgée d’émotion, elle se fait l’écho permanent des mots partagés et de la douleur intense qui les traverse. Triste mais jamais en colère, mélancolique et remplie d’une profonde humanité, elle habille ainsi à la perfection les textes bouleversants de sincérité qui composent l’album. De sa plume toujours aussi remarquable, la jeune femme dépeint en effet ici l’intime avec une poésie poignante de vérité. De l’idéalisation de l’autre (“Break The Spell”) à l’acceptation de soi (“Ships In The Night”), en passant par les doutes (“Carnival Dream”) et les remords (“Guilty”) consécutifs à la séparation, les étapes successives de la rupture amoureuse sont chroniquées avec une acuité saisissante à laquelle même les cœurs les plus endurcis ne pourront pas longtemps résister.

Sur les traces de ses augustes aînées Joni Mitchell ou Lucinda Williams, Courtney Marie Andrews nous offre avec le magnifique Old Flowers un disque cathartique, brut et profondément honnête. Un disque à la beauté foudroyante qui en affrontant courageusement le personnel touche finalement à l’universel. Un disque de rupture capable de nous émouvoir aux larmes tout en éclairant le chemin accidenté vers la sérénité retrouvée. Oui, cela ne fait aucun doute, la musique triste rend définitivement heureux.

Lolo from Paris

Bonus : Très belle interprétation acoustique du dernier morceau de l’album que Courtney joue seule chez elle, durant le confinement forcé dû à la pandémie en cours


Date de parution de l’album : 24 juillet 2020

Pour en savoir plus : http://www.courtneymarieandrews.com/ ou http://www.facebook.com/CourtneyMarieAndrews/

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