Long Lost Solace Find – Mike Polizze [Paradise of Bachelors / Modulor]

“La simplicité absolue est la meilleure manière de se distinguer” affirmait Baudelaire. Voilà une vérité essentielle qui prend à nouveau tout son sens à l’écoute du premier album solo du guitariste et songwriter américain Mike Polizze, le remarquable Long Lost Solace Find. Un disque à l’apparence musicale épurée et pourtant riche d’une écriture délicate capable de projeter l’auditeur dans un cocon de quiétude particulièrement bienvenu en ces temps mouvementés. Un disque qui arrive jusqu’à nous grâce à l’indispensable label indépendant Paradise of Bachelors (The Weather Station, Itasca, James Elkington, Mega Bog, Nap Eyes) pour nous offrir la bande-son idéale d’un été 2020 pas tout à fait comme les autres.

Echappé de Purling Hiss, projet collectif noisy actif depuis plus de dix ans, Mike Polizze suit en solitaire un chemin certes nouveau de par l’esthétique musicale choisie mais ce faisant il ne remet toutefois jamais en cause ni son amour pour la guitare, ni un attachement sincère à ses origines. “Long Lost Solace Find” est de fait et avant toute chose un album de et sur Philadelphie, la ville qui l’a vu grandir et près de laquelle il vit toujours aujourd’hui. Une ville qui au tournant des années 2000-2005 est devenue un creuset essentiel de la scène indépendante américaine avec l’émergence d’artistes incontournables tels que Espers, Kurt Vile, ou encore The War On Drugs. Des artistes avec lesquels Mike a noué des amitiés durables et dont on retrouve fortement l’empreinte sur ce premier disque. C’est en effet dans le studio de Jeff Zeigler, ingénieur du son des War On Drugs qui a notamment travaillé avec Steve Gunn, Chris Forsyth ou encore Mary Lattimore, qu’il a été enregistré. C’est ensuite avec l’aide précieuse de Kurt Vile qui y prête ses talents de multi-instrumentiste (guitare slide bien sûr mais aussi harmonicas sur “Cheewawa” et trompette sur “Revelation”) et de choriste qu’il a été façonné. C’est enfin sur le label co-fondé par l’un des anciens membres d’Espers qu’il est distribué. Un sens de l’amitié réellement touchant qui imprègne profondément l’atmosphère détendue de l’album et contribue sans aucun doute au sentiment de bien-être ressenti à l’écoute des douze titres qui le composent.

Présentant une grande cohérence d’ensemble malgré un enregistrement étalé sur plus d’un an pour cause de déménagement du studio, l’album ravit par son sens de l’épure et sa simplicité naturelle (excepté l’aide apportée par Jeff Zeigler et Kurt Vile, Mike Polizze y est seul aux commandes) qui derrière une certaine décontraction dévoilent un jeu de guitare averti et un vrai talent pour l’écriture musicale. Construit autour du fingerpicking assuré du musicien, le son s’éloigne ainsi radicalement des ambiances noisy et distordues auxquelles Mike Polizze nous avait habitués pour mettre en avant l’acoustique lumineuse des guitares (“Bainmarie”, “Wishing Well”, “Eyes Reach Across”, l’instrumental “D’Modal”), et tendre malicieusement la main à une pop solaire absolument irrésistible (“Do do do”, “Edge of Time”, “Vertigo”). Impeccablement réalisé, le travail de production a su conserver l’authentique spontanéité de l’enregistrement effectué dans les conditions du live tout en sublimant l’orchestration délicate des morceaux dont la grâce et la beauté unique séduisent immédiatement.  La lumière qui se dégage de l’ensemble répond à la qualité du songwriting dont le propos souvent sombre et nostalgique évoque les hauts et les bas de la vie et de l’amour (“C’est un disque de jams moroses et de chansons d’amour” plaisante l’américain) tandis que les mots parfois elliptiques utilisés aiment à jouer avec les rimes et les sonorités pour mieux se fondre dans la musique (“Bam-bam a rambling man, a midnight sham” entend-on sur “Revelation”).

Dans le sillon de Kurt Vile bien sûr avec qui il partage d’ailleurs le même timbre de voix nonchalant et la même façon légèrement traînante de chanter, mais aussi de Zachary Cale ou encore Steve Gunn, Mike Polizze prouve avec Long Lost Solace Find qu’en plus d’être un guitariste de haut vol, il est aussi un auteur-compositeur et multi-instrumentiste de talent. En décidant de ralentir le rythme et de diminuer sensiblement le son, l’américain s’impose dans le monde du songwriting après avoir marqué la scène bruitiste. Une évolution naturelle pour l’homme qui à près de 40 ans fait le choix délibéré de l’introspection et de la simplicité pour mieux parler des petites choses du quotidien. Après tout, la simplicité n’est-elle pas, au final, ce qu’il y a de plus beau ?

Lolo from Paris


Date de parution de l’album : 31 juillet 2020

Pour en savoir plus : http://www.paradiseofbachelors.com/mike-polizze/ ou http://www.facebook.com/PurlingHiss

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