Stardust – Luka Kuplowsky [Mama Bird Recording Co. / Next Door Records]

Héros discret de la scène musicale indépendante canadienne depuis le début des années 2010, Luka Kuplowsky semblait prédestiné à devenir un trésor (injustement) caché de plus sur la longue liste des songwriters folk de talent. L’indispensable label de Portland (Oregon) Mama Bird Recording Co. en a fort heureusement décidé autrement en l’invitant au printemps dernier à rejoindre son illustre famille d’auteurs-compositeurs-interprètes (Courtney Marie Andrews, Damien Jurado, Haley Heynderickx, etc). Une rencontre salutaire pour l’artiste de Toronto qui, depuis de longs mois déjà, cherchait un partenaire pour accompagner la sortie de son quatrième album, le superbe Stardust. Une rencontre également providentielle pour les amateurs de songwriting racé et délicat qui grâce à cette heureuse collaboration peuvent enfin découvrir en plus grand nombre tout le talent de l’artiste.

Bien qu’enregistré en deux jours seulement, “Stardust” est de fait un véritable bijou musical. Réunissant autour de Luka Kuplowsky douze musiciens émérites de la scène torontoise déjà aperçus aux côtés notamment d’Any Shauf, The Weather Station, Broken Social Scene ou encore U.S. Girls, l’album met magnifiquement en valeur l’apport précieux de chaque instrument à la construction de l’ensemble. Et si le cœur de la musique qui est offerte ici résonne du son des battements d’un folk intimiste aux merveilleux accents jazzy, les cordes délicates et les instruments à vent enveloppants qui y sont intégrés (saxophone, trompette, flûte) sont autant d’occasions d’enrichir l’œuvre de touches expressionnistes véritablement irrésistibles. A la douceur élégante d’une mélodie répondent ainsi des échappées instrumentales créatives qui, tout en soulignant la chaleur romantique de la tonalité principale, y apportent systématiquement leurs propres nuances surréalistes dans un ballet subtil et fascinant. Sans jamais se précipiter, la musique vient à nous en suivant patiemment le fil d’un chemin aux courbes parfaitement équilibrées entre pureté mélodique et complexité des arrangements pour finalement s’affirmer grâce au pouvoir envoûtant d’une beauté gracieuse portée par la complicité évidente des musiciens invités à jouer dans les conditions du live.

Le somptueux écrin sonore ainsi façonné sert de cadre idéal à l’écriture fine et percutante du canadien. Introspectifs, les mots de ce dernier questionnent en effet aussi bien l’amour (“Never Get Tired (Of Loving You) ”, “Crazy Love”) que la mort (“Stardust”), le sens de l’existence (“Rough Times”, “City By My Window”) ou la conscience de soi (“Do I Have To Be”, “Be New”) dans une peinture philosophique en clair-obscur du quotidien. Et si le propos navigue habilement parmi les flots tumultueux des émotions humaines, la douce mélancolie affichée ne se départit jamais d’un optimisme réaliste à l’humour délicieux et profondément poétique. Posant au final plus de questions qu’il n’apporte de réponses fermes et définitives à nos interrogations existentielles (“Positive Push”, “Sayonara Blue”), les textes appellent chacun.e à méditer et révèlent un auteur au talent incisif capable d’éclaircir d’une légèreté lumineuse des thèmes le plus souvent lourds et sérieux. Une agilité naturelle que le chanteur honore d’une voix chaude et envoûtante dont le phrasé magnétique devrait immanquablement séduire les amateurs de Leonard Cohen ou Bill Callahan.

We are stardust / We are golden” chantait en son temps Joni Mitchell (“Woodstock”, 1970). Des mots qui cinquante ans plus tard résument à eux seuls toute la beauté de cet album incroyablement soigné et raffiné qu’est Stardust. Un disque magnifique qui révèle enfin l’immense talent de Luka Kuplowsky, un songwriter de haut vol qu’il nous faudra désormais suivre de très près. Un disque captivant, tout en élégance subtile et délicates nuances, qui se dévoile un peu plus à chaque écoute et dont la chaleur enveloppante sera à n’en pas douter l’un des trésors précieux de cet hiver.

Lolo from Paris

Bonus : Pour prolonger le plaisir, plongez-vous dans l’écoute de “Judee * Justin * Arthur * Mary”, un excellent EP de reprises sorti en avril dernier par Mama Bird Recording Co et où Luka réimagine de façon très personnelle des morceaux de certains de ses artistes préférés, dont la folkeuse maudite Judee Sill, le musicien et activiste Justin Haynes, le multi-instrumentiste incontournable Arthur Russell et la songwriter secrète Mary Margaret O’Hara.

Date de parution de l’album : 2 octobre 2020 (sortie physique le 13 novembre 2020)

Pour en savoir plus : https://lukalives.bandcamp.com/album/stardust-2 ou https://www.facebook.com/lukaisluka

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