Renée Reed – Renée Reed [Keeled Scales / Modulor]

le

Une voix magnétique, une guitare enveloppante, des mots expressifs couvant une colère sourde : c’est ainsi que, surgie de nulle part, est apparue Renée Reed au printemps de l’année dernière avec un titre aussi intrigant que captivant (“Out Loud”), accompagné d’un visuel où la jeune femme se présentait déguisée en costume traditionnel de Mardi-Gras. Une apparition inattendue mais aussi incroyablement excitante, qui, après un second morceau enchanteur à l’été 2020 (“Until Tomorrow”), se concrétise cette année avec la sortie d’un album éponyme chez Keeled Scales (Twain, Sun June, Tenci), sans aucun doute le label indépendant le plus exaltant du moment (on leur doit déjà, depuis janvier, les excellents disques de Buck Meek, Katy Kirby ou encore Karima Walker). Un premier album en forme de véritable coup de maître qui révèle une artiste folk à la voix envoûtante et aux compositions délicieusement enivrantes.

Née et élevée à Lafayette, en Louisiane, où elle vit toujours, Renée Reed est, il est vrai, immergée dans la musique depuis sa plus tendre enfance. Fille de la multi-instrumentiste Lisa Trahan (Magnolia Sisters) et du violoniste et contrebassiste Mitch Reed (BeauSoleil), petite-fille de l’accordéoniste Harry Trahan, petite-nièce du musicien folkloriste Revon Reed, la jeune femme a ainsi grandi au son de la musique traditionnelle cajun avant de se passionner, à l’adolescence, pour la folk anglo-saxonne et la pop française des années yéyés. Des influences ouvertement revendiquées et qui aujourd’hui encore imprègnent son œuvre, ici dans le jeu de guitare cristallin, là dans le sens de la mélodie ou les mots hantés par les contes hérités de ses ancêtres. Des influences qu’elle réussit toutefois à brillamment dépasser pour façonner un son personnel à la beauté intemporelle, ancré dans la tradition mais aussi résolument tourné vers l’avenir. Intimiste et ultra épurée, la musique de l’américaine semble de fait plutôt simple en apparence (l’instrumentation se compose souvent d’une seule guitare acoustique, plus rarement d’un clavier, d’une boite à rythme ou d’un violon) mais ravit, au fil des écoutes, par la richesse de ses détails mélodiques et la profondeur de son âme.  Enregistré à domicile sur un vieux magnétophone à bandes 4 pistes par son compagnon Ryan qui a également mixé et produit le disque, l’album distille, derrière les arrangements frugaux de ses ritournelles oniriques, un magnétisme irrésistible, bâti sur des motifs répétitifs et des boucles hypnotiques délicieusement enveloppantes.

De cette folk mystérieuse et habitée, s’élèvent des textes introspectifs, le plus souvent sombres et mélancoliques, parfois même porteurs d’une colère contenue qui contraste radicalement avec la grande douceur des mélodies qui les habillent. Douée d’une plume très poétique, Renée revient dans ses paroles au caractère autobiographique affirmé sur les trois dernières années de sa vie, ses tourments de jeune adulte (entre relations toxiques, amours déçus et perte d’êtres chers) mais aussi sa farouche volonté d’affirmation de soi et de libération personnelle. “Who am I / You’re about to find out”, chante-t-elle ainsi sans détour dès le morceau d’ouverture “Out Loud”. N’hésitant pas à afficher avec une vulnérabilité réellement touchante ses doutes et ses angoisses les plus intimes, elle sait également se nourrir des légendes qui ont marqué son enfance pour inviter dans ses histoires des personnages surnaturels (un fantôme, une fée) qui confèrent à l’ensemble une dimension quasi mystique saisissante. Ecrites en anglais, mais aussi, fait très rare pour une américaine, en français, langue que la jeune femme étudie actuellement à l’Université de Louisiane, et même en dialecte cajun appris auprès de ses grands-parents, les histoires partagées offrent une plongée poignante dans le cœur et l’âme de leur jeune auteure. Un voyage personnel que Renée interprète d’une voix aérienne, douce et troublante à la fois, laissant deviner à l’auditeur.rice envoûté.e qu’elle a déjà vécu plusieurs vies. “Cet album est une ode au fait d’apprendre à me connaître et à m’aimer. J’ai vécu des expériences à la fois incroyables et douloureuses au cours des dernières années lorsque j’écrivais la plupart de ces chansons, et cela m’a beaucoup appris sur qui je suis et à quel point je suis heureuse d’être moi-même. L’album incarne mon parcours autobiographique sur le chemin de la guérison et de la maturité”, résume-t-elle ainsi en interview.

Sur les traces de ses illustres aînées Jessica Pratt ou Joanna Newson, Renée Reed nous offre au final un premier album à la beauté aussi mystérieuse qu’intemporelle. Un premier album fascinant qui prend la forme d’une invitation au voyage à l’intérieur d’un rêve semi-conscient où il est incroyablement délicieux de se perdre et dont on ne veut surtout pas se réveiller. Un premier album magnifique qui révèle au grand jour une artiste au talent précieux dont on sait qu’elle comptera sur la scène musicale indépendante de demain mais aussi et surtout dans nos cœurs endoloris avides de chaleur humaine. Je suis d’ores et déjà complètement conquise.  

Lolo from Paris

Bonus : Très belle version acoustique du morceau “Out Loud” filmée chez Renée en 2020

Date de parution de l’album : 26 mars 2021

Pour en savoir plus : http://www.facebook.com/reneereedofficial ou http://reneereed.bandcamp.com/      

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s